Publié par : marcletourps | 16 juin 2010

Les cathédrales de Coutances

Par le père Michel Leblond, 4 mai 2005

LES CATHEDRALES DE COUTANCES

« Ma cathédrale de fierté », « le phare des âmes », ces deux expressions de Louis Beuve, poète normand, ont souvent été reprises… Et il est vrai que je ne peux m’empêcher de me les répéter chaque fois que je la contemple, « ma cathédrale » ! De jour comme de nuit, arrivant de Saint-Lô, Villedieu, Granville ou Cherbourg, sous le soleil, la pluie ou le brouillard, elle est toujours présente. Ce soir, il pleut, le vent souffle en tempête. Je ne peux me décider à rentrer : c’est tellement agréable de se laisser pénétrer par la pluie de l’automne. Les nuages sont tellement bas que l’ombre des tours s’y projette.

Mise en valeur par son éclairage, elle est là devant moi, « ma cathédrale de fierté ». J’ai besoin de la contempler sous tous les angles ! Emerveillement devant tant de beauté ! Mais aussi beaucoup de nostalgie : prêtre diocésain, cette église est le lieu des engagements importants de ma vie. C’est là que j’ai entendu l’appel de mon évêque. C’est allongé sur ses dalles, que j’ai accepté de me laisser prendre tout entier par l’amour infini de Dieu, pour son service et celui des hommes.

Nostalgie aussi parce que je ne peux m’empêcher d’évoquer ceux qui l’ont construite : les Vikings. Ils ont parfois pillé, tué, brûlé, violé. Etaient-ils pires que leurs contemporains …ou que nous aujourd’hui? Mais ils ont aussi construit des églises et des abbayes. Hommes de la mer, ils ont construit « la cathédrale de fierté ». Je ne peux les oublier : plus qu’un souvenir, cet héritage du passé est essentiel.

Elle est là, aussi, « ma cathédrale de fierté », pour appeler à l’humilité. Ses flèches et clochetons, ses « fillettes » aux toitures pyramidales, sa tour lanterne, ses milliers de colonnes et colonnettes, tout en elle dit : « Regarde vers le ciel. C’est parce que ton Dieu t’a donné part à son génie créateur que de quelques pierres tu fais jaillir une merveille ».

Allez d’abord sur le parvis, éloignez-vous, puis regardez les tours, « les fillettes », ces flèches et ces clochetons qui s’élancent vers le ciel, tout en étant fortement fixés au sol. Puis entrez, avancez-vous jusqu’au milieu de la nef. Laissez-vous imprégner, émouvoir par l’harmonie de l’ensemble, le dépouillement, la sobriété, l’élan vertical !

Prenez le temps, faites silence et écoutez : la cathédrale a quelque chose à vous dire.

Premiers évêques : une cathédrale dont on ignore tout

C’est sans doute vers 430 que saint Ereptiole fonda le diocèse de Coutances, peuplé alors par les Unelles et les Abrincates, des Lexoniens, ainsi que des Gallo-romains et sans doute aussi des Saxons installés dans la presqu’île.

De cette époque date donc la première cathédrale mais il n’en reste rien : aucune trace dans les manuscrits ou sur le terrain. Nous ne connaissons rien non plus d’Ereptiole ni d’Exupérat son successeur. On sait que l’évêque Léontien assista au premier concile d’Orléans en 511 ; saint Possesseur, qui lui succède, ordonna prêtre saint Marcouf, un des évangélisateurs du Cotentin.

On a, bien entendu, longuement cherché des traces de cette première cathédrale, tant dans les textes que par l’archéologie. Deux hypothèses semblent plus probables : soit la première cathédrale est tout simplement au dessous de celle que nous voyons. Bien des raisons à cela : c’est le cas le plus fréquent ; on a souvent reconstruit les cathédrales au même endroit. De plus Coutances, ville alors récente, de fondation gallo-romaine, a pu être conçue dès l’origine comme une petite capitale de province. Le site, également, plaide en faveur de la fondation d’une cathédrale : un rocher, une éminence – les cathédrales sont fréquemment construites sur les hauteurs d’une ville, pour des raisons symboliques et de manière à être vues de loin – et aussi un point d’eau, indispensable pour les baptêmes pour lesquels la cathédrale était alors le lieu unique ; or deux puits, l’un avec une margelle dans le croisillon sud, l’autre sans margelle, dans le croisillon nord, existent encore dans l’édifice.

Une seconde hypothèse intéressante a été développée par le P. Marcel Lelégard : ce dernier proposait de situer la première cathédrale à Portbail, où l’on peut voir encore l’un des plus anciens baptistères de France, de l’époque des premiers évêques de Coutances. Or, dans les premiers siècles du christianisme, seuls les évêques baptisaient, une fois par an, lors de la veillée pascale. Pour Marcel Lelégard, s’il y a un baptistère, il est à l’évidence lié à la présence épiscopale.

Seules des fouilles très approfondies, dans l’enceinte même de la cathédrale actuelle, permettraient peut-être d’acquérir plus de certitude sur l’emplacement de cette première cathédrale…

Après ces premiers évêques dont seul le nom nous a été conservé, arrive un personnage mieux connu, qui va profondément marquer le pays et dont on sait qu’il a, lui, résidé à Coutances : saint Lô (Lauto ou Laud), dont l’épiscopat eut une importance suffisante pour que nos pères le choisissent comme patron secondaire du diocèse.

Lô est le premier nom franc qui apparaisse dans la liste des évêques de Coutances. Ceci suppose que la conversion des envahisseurs Francs et Saxons avait déjà commencé. Il était très jeune lors de son accession au siège épiscopal : après 511 mais avant 533. On avance l’âge de 20 ans. Les évêques de cette région de Neustrie l’avaient peut-être choisi parce qu’il était d’une famille riche et puissante : on comptait sur son influence pour favoriser l’évangélisation de la région, or le baptême du chef entraînait souvent celui de ses sujets. Son épiscopat fut très long : environ de 520 à 566. Il est présent aux obsèques de saint Pair, son illustre voisin – évêque d’Avranches, en 565. Un grand vitrail – entièrement conservé depuis sa pose au 13e siècle – lui est consacré dans le chœur de la cathédrale, ainsi que la grande porte nord de la façade, dénommée « porte Saint-Laud ».

On ne peut passer sous silence un autre grand apôtre de cette région, saint patron du Cotentin avec la Vierge Marie : saint Marcouf (on trouve aussi les formes Marcou, Marcoul, Marcoulf), né à Bayeux à la fin du Ve siècle. Disciple de Possesseur, évêque de Coutances, il est ordonné prêtre et chargé de prêcher. Il parcourt la presqu’île du Cotentin et notamment les côtes dont il convertit les habitants. Il fonde à Nantus, qui deviendra Saint-Marcouf-de-l’Isle, un monastère important, avec l’aide de Domard et de Carioulf. Il évangélise également les îles Normandes et un de ses disciples, saint Hélier, s’établit comme ermite à Jersey. Saint Lô l’assiste à ses derniers moments, en 558.

Mais la renommée et les bienfaits de saint Marcouf sont loin de s’arrêter là : lors des invasions vikings, ses reliques seront emportées dans le diocèse de Laon, rattaché aujourd’hui à Soissons, à Corbeny où se développa un pèlerinage : on venait implorer Marcouf pour être guéri des écrouelles. C’est à Corbeny que les rois de France, après leur sacre à Reims, allaient en pèlerinage et c’est ensuite qu’ils pouvaient, à leur tour, guérir ces mêmes maux. Selon une croyance populaire de certaines régions, dont la Normandie, le septième d’une famille de sept garçons a des dons de guérison : on l’appelle parfois un « marcou ».

On trouvera un vitrail de saint Marcouf dans la chapelle qui lui est consacrée, dans le déambulatoire nord. On peut le dater du 13e siècle.

Les siècles qui suivent voient s’épanouir le christianisme en Cotentin. Saint Romphaire succède à saint Lô vers 566. Né en Angleterre, Romphaire s’embarque pour le continent afin d’être ordonné prêtre par saint Lô. Il est nommé curé de Barfleur. Devenu évêque, il continue l’évangélisation du diocèse. Il ira, non sans courage, visiter l’évêque de Rouen, Fortunat, exilé à Jersey par le pouvoir royal. Lorsque Fortunat aura été assassiné, sur l’ordre de la reine Frédégonde, dans sa cathédrale de Rouen, en pleine messe de Pâques de 587, Romphaire présidera les obsèques de son malheureux ami. Il meurt vers la fin du VIe siècle ; ses reliques sont conservées dans la cathédrale et dans l’église de Saint-Romphaire près de Saint-Lô.

La tradition fait naître Fromond, une centaine d’années après saint Romphaire, à Brevands, petite commune de la baie des Veys. Il fonda un important monastère d’hommes qui fut détruit lors des invasions normandes. Il fut reconstruit et rattaché à l’abbaye Saint-Vigor de Cerisy-la-Forêt. Fromond établit également une abbaye de moniales au Ham, près de Montebourg. Devenu évêque de Coutances, il consacra l’autel de leur église abbatiale, le 15 août 679. L’inscription latine gravée sur l’autel du Ham, l’un des plus anciens mobiliers religieux du diocèse, actuellement conservé à la bibliothèque de Valognes, témoigne de l’importance, dès cette époque, de la vénération de la Mère de Dieu et de la célébration de la fête de l’Assomption :

« Le recteur de la ville de Coutances, le seigneur Fromond, pontife, en l’honneur de la bienfaisante Marie, mère du Seigneur, a dans la foi élevé ce temple et cet autel, et en a fait la dédicace solennelle à la mi-août. Que l’anniversaire de cette fête soit célébré chaque année.

L’an sixième du règne de Thierry III, roi de France, l’évêque Fromond qui vit encore heureusement, entoura de murs solides ce monastère. Exerçant sa charge pastorale dans l’amour du Seigneur, il établit de la plus heureuse façon la bergerie de ses ouailles. Il voulut les mettre à l’abri de la morsure des loups dévorants. Il prit grand soin de les diriger vers les pâturages éternels du Christ, unies au choeur des Vierges, avec Marie la très sainte. Avec elle, puissent-elles vivre et exulter dans les siècles éternels.

De plus, le roi a concédé le terrain pour ce couvent. Fromond a commencé lui-même la construction du monastère, avant de devenir évêque… À la suite de plusieurs largesses, il lui donna encore d’autres prairies, au nombre de sept.

C’est ainsi que fut fondée cette basilique en l’honneur du Seigneur. »

Les Vikings et la deuxième cathédrale

La première cathédrale fut sans doute détruite lors du pillage et de l’incendie de la ville par les Vikings en 836. On entrait alors dans une « période noire ». Le déferlement des nouveaux envahisseurs fut si terrible qu’on avait ajouté à la litanie des saints: « De la fureur des barbares, délivrez-nous Seigneur ». Ce fut, en effet, la terreur et la panique dans tout l’Occident et sans doute bien au-delà, vers l’Orient chrétien.

En Cotentin, les Vikings ont en effet détruit, pillé, brûlé. Orfèvres raffinés, les églises et les abbayes les intéressent, puisqu’ils y trouvent de l’or et de l’argent. « Les habitants terrifiés, emportant avec eux tous les biens qu’ils pouvaient, prirent la fuite sans espoir de retour, à tel point que ces lieux, jadis délectables et bien peuplés, furent abandonnés aux seuls oiseaux et aux bêtes sauvages… ». (Livre noir de la cathédrale)

Les évêques fuient Coutances, trop exposée aux raids, à dix kilomètres de la mer. Le dernier évêque résident est massacré à Saint-Lô en 889. Suit une période trouble. Les évêques s’installent à Rouen. Rollon, le premier duc de Normandie, se fait baptiser en 912 et leur donne l’église Saint-Sauveur, rebaptisée Saint-Laud, vers 920. Elle devient leur cathédrale en terre d’exil. C’est en fait la deuxième cathédrale du diocèse de Coutances.

A partir de 990, l’évêque essaie de réimplanter une église à Coutances. Les chanoines font une chapelle provisoire, mais bientôt ils sont chassés. L’heure n’est pas encore au retour de l’évêque dans sa cité épiscopale.

Une troisième cathédrale, romane

Ce n’est qu’en 1025 que l’évêque Herbert revient se fixer à saint-Lô. Le temps des grandes fondations d’abbayes, du développement de celle du Mont-Saint-Michel a commencé. Son successeur Robert (1026-1048) réintègre Coutances et commence la construction de la cathédrale romane. Elle sera achevée par Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances de 1049 à 1093, grâce à la participation de ses diocésains Normands, installés en Cotentin ou partis chercher fortune en Sicile. L’évêque était parent de la famille de Tancrède de Hauteville, et il n’hésita pas, semblerait-il, à aller les solliciter jusqu’en Italie lorsque le besoin d’argent se fit sentir. D’autre part l’évêque de Coutances est un personnage influent sur l’échiquier politique d’alors. Geoffroy est à la bataille d’Hastings en 1066, pour la conquête de l’Angleterre. C’est lui qui célèbre la messe et bénit les armées. Pendant la bataille, il est en prière avec ses clercs, ainsi que le représente la tapisserie de Bayeux. Cela aussi, après la victoire, permit de réunir assez de revenus pour achever la cathédrale.

Mais dès 1056 ou 1057, et donc avant même l’achèvement de l’édifice, Guillaume le Conquérant est présent à la consécration de la cathédrale, le 8 décembre, avec son épouse Mathilde, l’archevêque de Rouen Morille et la cour.

Cette date du 8 décembre est très importante. C’est une fête mariale, fête de l’Immaculée Conception : de fait dès l’époque romane la cathédrale de Coutances a été appelée « Notre Dame de l’Immaculée Conception», et Marie a été fêtée sous ce titre, alors même que le dogme ne sera défini et proclamé qu’en 1854.

Le 8 décembre était, et est encore, « la fête aux Normands », fête patronale de la cathédrale et du diocèse. Geoffroy de Montbray fut d’ailleurs pour beaucoup dans le développement de cette piété mariale : la cathédrale de Coutances fut centre de pèlerinage à la Vierge pendant toute une partie du Moyen Age. On y venait de très loin. Nous en avons une trace dans le Livre des miracles (Miracula ecclesiae constantinensis) qui date du début du 12e siècle, mais rapporte des faits plus anciens. Il semble que les Normands, ces hommes rudes, qui n’hésitaient pas à se lancer dans l’aventure comme dans la guerre, aient été fascinés par Marie, mère du Christ, mère des hommes. Elle incarnait pour eux l’amour, la douceur, la tendresse. Ils lui ont élevé de nombreux sanctuaires dont « Notre-Dame de Coutances ».

En 1091 un tremblement de terre vient mettre à mal la toute nouvelle construction. Cependant, grâce à sa fortune, Geoffroy de Montbray parviendra, avant sa mort en 1093, à réparer l’édifice.

La cathédrale gothique

Un peu plus de dix ans de calme, et la nouvelle tombe : le roi de France Philippe Auguste a envahi la Normandie ! Les Normands, furieux, sont prêts à se rebeller ; le feu couve dans la province. Le roi va devoir acheter la paix, et il le fera en versant des subsides conséquents, en particulier à l’évêque Hugues de Morville, qui décide, à partir de 1208, de reconstruire sa cathédrale.

Pourtant l’édifice roman est toujours là, bien solide. Mais Hugues de Morville veut faire mieux, grâce à l’invention géniale et toute récente de la croisée d’ogives, qui permet désormais d’inonder la cathédrale de lumière. Il s’agit aussi de faire plaisir au nouveau maître, le roi Philippe-Auguste, et d’adopter le style « francien », que beaucoup plus tard on appellera gothique. Hugues de Morville conserve la nef et les tours romanes de granit et de syénite : elles serviront de squelette à la nouvelle construction. On peut toujours en admirer les vestiges en montant dans les combles.

On commence par habiller la nef de pierre blanche, calcaire, extraite des carrières de Valognes, d’Yvetot-Bocage ou de Caen. On construit ensuite le chœur, dont la voûte est portée, de chaque côté, par des piliers tandis que l’autel majeur, dans le fond, est entouré de douze colonnes. Moins volumineuses que les piliers, elles laissent plus facilement pénétrer la lumière des vitraux du déambulatoire qui reçoivent les premiers rayons du soleil et permettent ainsi un meilleur éclairage de l’autel. Ces colonnes rappellent que l’Église, fondée sur le Christ, pierre angulaire qui rend solide toute la construction, repose également sur le témoignage des douze apôtres. Au soir du Jeudi Saint, lors de l’institution de l’Eucharistie, ils étaient présents autour de la table du repas, comme les colonnes autour de l’autel.

On construit également le transept et enfin la tour lanterne, « œuvre d’un fou sublime », selon Vauban. Le mot réclame que l’on s’arrête plus longuement sur ce tour de force qu’est la tour lanterne de la cathédrale de Coutances.

Pourquoi ce nom ? Cette tour est au dessus de la cathédrale qui est elle-même sur le point le plus élevé de la ville, quelle que soit la position du soleil, elle est toujours éclairée. Comme dans sa partie haute, elle est pourvue de fenêtres et de vitraux sur toutes ses faces, elle éclaire l’intérieur de la cathédrale et particulièrement l’autel actuel, comme une énorme lanterne. Si bien qu’à tout moment, on a l’impression que c’est de l’autel lui-même que naît la lumière, l’un des grands symboles pour dire Dieu. Quelle image extraordinaire !

Et pareillement, la croisée du transept est le point rendu le plus lumineux. Point de rencontre des dimensions verticales et horizontales de la croix, il symbolise le Christ qui se proclame lui-même la « Lumière du monde » (Jean 9, 5). Pour signifier le caractère insensé de la foi chrétienne en cette parole, le maître d’œuvre a osé un défi architectural : édifier une tour dans le vide.

Dans le vide ? Mettez-vous au pied d’un des quatre piliers de la croisée du transept. Vous remarquez une série de décrochements qui partent du sommet de chacun et qui aboutissent à la galerie octogonale de la base de la tour, en sorte que cette dernière est supportée par les piliers, mais ne repose pas sur eux. Elle est totalement dans le vide. Il fallait une connaissance parfaite des forces et des poussées pour oser une pareille folie. On comprend alors que Vauban, architecte s’il s’en fut, se soit écrié, devant ce tour de force : «C’est un fou sublime qui osa lancer dans les airs un pareil monument ».

Mais ce n’est pas tout. Regardons à nouveau la tour lanterne pour nous intéresser cette fois-ci à ses formes. La base est carrée. C’est, dans le langage architectural chrétien, la terre. C’est d’elle que s’élèvent quatre énormes piliers et des dizaines de colonnes et de colonnettes qui invitent à élever nos regards et nos coeurs. Au sommet, quarante-deux mètres plus haut, l’oculus tout rond représente le ciel, car le cercle n’a ni commencement, ni fin.

Vivant actuellement sur la terre, nous sommes attirés par le ciel ; pour y parvenir, nous passons, dès le sommet des piliers, par l’octogone qui évoque la résurrection de Jésus au lendemain du sabbat. C’est par le Christ ressuscité que nous sommes conduits vers le Père.

Le décor sculpté de la tour lanterne en témoigne. Il est très riche, ce qui contraste avec le reste de l’édifice, très austère. Un foisonnement de feuilles, de colonnes évoque des plantes et des arbres vivaces pour nous signifier que le temps du huitième jour est un temps de re-création : c’est l’Eden retrouvé.

Une fois la forme achevée, il restait à mettre la couleur. L’architecture gothique est une architecture de lumière. Toute la construction favorise la captation de la lumière. Dans le chœur, les colonnes permettent, dès le matin, d’avoir un bon éclairage du choeur et de l’autel majeur ; les chapelles latérales de la nef communiquent les unes avec les autres pour permettre une meilleure circulation de la lumière. Le vitrail du porche d’entrée capte les rayons du soleil couchant et permet, avec la tour lanterne, de bénéficier des dernières clartés du jour.

Dans l’architecture romane, les grandes surfaces de murs étaient recouvertes de fresques. Dans l’architecture gothique, les vitraux vont compléter les fresques. Les vitraux de la cathédrale de Coutances furent réalisés principalement aux 13e et 15e siècles ; ils seront complétés, restaurés et même refaits dans la seconde moitié du 20e siècle, à la suite des bombardements de 1944. Toutefois les huit premiers vitraux des fenêtres hautes du choeur sont sans doute de la première moitié du 13e siècle.

La polychromie était très importante dans les édifices du Moyen Age. Les fragments de sculptures du portail occidental retrouvés lors des derniers travaux de restauration portent des traces d’une polychromie très vive. Les voûtes gardent encore des vestiges de peintures. Sur certains murs et certaines colonnes dans le déambulatoire on décèle encore des traces de couleurs. Les peintures de la chapelle de Chiffrevast (première chapelle sud du choeur) du 14e siècle, sont un bon témoignage de cet art de la couleur omniprésent dans un édifice religieux médiéval.

Aux peintures et aux vitraux, se joignent tableaux et tapisseries. L’évêque Geoffroy Herbert, au début du 16e siècle, offrira à la cathédrale une tenture, placée dans le choeur.

Hugues de Morville meurt en 1238. Quelques années plus tard l’évêque Jean d’Essey (1251-1274) poursuit l’ornementation de la façade et habille les tours romanes de « tout un système complexe de portails, de porches, de tourelles, d’escaliers, le tout surmonté de deux flèches aiguës de 75 et 76 mètres, escortées de flèches plus petites appelées « fillettes». Ainsi enveloppées, les tours romanes sont devenues totalement invisibles. Le résultat final est saisissant : on est aspiré par ce gigantesque élan vertical». (Joseph Toussaint, Coutances des origines à nos jours, OCEP, 1979)

C’est également sous Jean d’Essey que sont construites les chapelles latérales au nord. Ses successeurs feront construire les chapelles latérales sud.

Enfin, Sylvestre de la Cervelle (1371-1386) fait construire la chapelle de la “Circata” ou de la Vierge, qui clôt l’abside à l’est et dans laquelle fut placé son tombeau. Un siècle plus tard, le vitrail du Jugement dernier, dans la verrière du transept sud, est réalisé.

La quatrième cathédrale de Coutances est achevée.

Celle que les Coutançais appellent amicalement « la Demoiselle » n’a pas notablement changé depuis.

L’orgue et une partie du mobilier fut détruit en 1562 par les Huguenots ; un nouvel autel, qui est toujours au fond du choeur et qu’on appelle encore, par habitude, l’autel majeur, est mis en place en 1757, oeuvre d’Antoine Duparc et de son fils Raphaël.

En 1794, on sépare en trois la cathédrale : une partie pour le « temple de la Raison », une partie en salle de spectacle, et des greniers… Les choses seront vite remises en ordre avec la fin de la Terreur et le Concordat.

Entre 1853 et 1862 le peintre-verrier Vuillet, de Bordeaux, est chargé de la conceptions des vitraux de la Circata, tous consacrés à Marie, faisant appel souvent à la Bible, parfois à la légende, notamment en ce qui concerne ses parents et sa naissance.

C’est à la Libération, beaucoup s’en souviennent encore, que la cathédrale a subi les plus grands dommages : un gigantesque incendie embrasa la toiture de la tour lanterne, détruisit de nombreux vitraux et endommagea la façade. Des restaurations eurent lieu ensuite, on plaça dans la cathédrale l’orgue de l’ancienne abbaye de Savigny et des vitraux furent refaits, en particulier le vitrail de la façade : réalisé par les ateliers Daumont-Tournel en 1953, il retrace les mystères de la Vierge et son couronnement.

Patronne de la cathédrale de Coutances, évoquée à travers toute l’iconographie des vitraux et présente par sa statue de marbre du 14e siècle, Marie est vraiment l’inspiratrice de cette prière d’architecture qui s’élance vers Dieu.

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