Publié par : marcletourps | 17 septembre 2013

La poésie comme huis ouvert au Sacré.

Le 11 septembre 2013

 

Franck du Bost le Crest

La poésie comme huis ouvert au Sacré.

Le poète, le poète n’est-il pas le propylée[1] du verbe libérateur ? Mais que représente un poète ? Rien pour Descartes ; pour nous, il est au contraire un recours. Le recours. Heidegger s’est longuement intéressé aux poètes, pour soustraire au nazisme les mots soumis à un mésusage politique afin d’en donner une signification véritable : Patrie, Germanie, Peuple. Nation. D’aucuns s’en émeuvent comme Michel Onfray ou Emmanuel Faye. Donner à Hölderlin la mission de guider la philosophie vers le sens originaire des noms de la communauté, n’est-ce pas ré-enfermer le poète dans la fonction religieuse et oraculaire du gardien de l’origine et du sacré ? 

Ce n’est guère ici notre propos. Que la philosophie soit devenue impossible de par sa suturation avec le poétique n’est pas un souci. Que l’on ne parvienne pas à dépasser la pensée heideggerienne n’est le problème que de la philosophie.

Ce dont il faut s’inquiéter, c’est de l’enivrement logocratique qui soumet les mots au diktat de l’Idée. Il faut se refuser à l’excarnation afin de restituer une appréhension charnelle du monde. Faire fi des chloroses[2] de l’épure pour choisir la suavité du vivant. Dieu est verbe est-il dit dans les Ecritures. L’homme ?, peut-il revendiquer d’être l’égal de Dieu dans son dire poétique ? Ou, tout du moins, s’en rapprocherait-il ?

Le seul et vrai souci qui nous préoccupe, c’est de vivre, de ne pas se tromper de vie, et la pensée, si elle ne se rapporte pas à cette préoccupation, est comme un arbre qui ne donne aucun fruit. Je n’ai aucune honte à me satisfaire de la vivacité divine, dans une action de grâce issue du simple bonheur d’éprouver mes sens.

La poésie, modestement, peut concourir à nous faire vivre. Elle commence par l’expérience de notre premier silence. La poésie, elle cherche ; elle cherche à trouver les mots dans leur vérité originelle. Ce n’est pas une rêvasserie, mais une activité d’avant-garde. Elle est « le rendez-vous que le poète donne aux autres hommes. »[3]

Elle est aux antipodes de ce que peut débiter la radio, la télé, tous ces faux semblants de parole où l’on parle sans même penser.

« Ne penser à rien,

C’est vivre intimement

Le flux et le reflux de la vie. »

La poésie, plus que toute autre discipline, offre une ouverture à une vie appréciable, là où la philosophie n’exprime que des Idées aveugles aux impressions et aux pressentiments du moment. Que peut-elle comprendre et viser sinon une mathématisation du réel ? Il n’est pas vain qu’il y ait eu très peu de philosophes à disserter sur la musique. Heidegger et la poésie. Cela mérite un livre à lui seul. Que peut-on reprocher à Heidegger ? La nostalgie d’une Grèce où l’homme était en contact avec les dieux ? Un néo-paganisme exaltant le chant de la patrie allemande ? Le jour se lève et il nous faut reconnaître que notre volonté de dire la poésie demeure une idée neuve, promesse par lequel vouloir « n’être rien de plus qu’un nuage vagabond » mène à être libre comme l’air. La poésie ne quémande pas un refuge dans un ailleurs, mais d’être attentif à ce que la modernité a retranché de son existence.

La poésie n’est-elle pas un palliatif aux médecines modernes qui tentent vainement de guérir l’homme,  en lui faisant découvrir des pans entiers de musique que l’enchaînement des mots engendre ? Un travail et un jeu sur les sonorités et les timbres tel que l’entreprit Debussy. Il ne faudrait pas croire que la poésie soit un abandon à la rêverie, c’est un appel qui nous renvoie à la nécessité d’un enracinement terrestre. Cerises, fraises, pommiers, amandiers en fleur, que sais-je encore, constituent son horizon. Le Dieu des poètes, les dieux grecs ne sont pas transcendants, ils sont l’expression tangible de la vie ici et maintenant. D’où sommes-nous le plus proche dans notre société ? De l’individu caractérisé par le repli sur soi ou bien de l’homme qui aspire à la convivance ? Un discours général tend à imposer l’idée que l’homme obéit à ce qu’il aime être le plus utile à la réalisation de ses désirs, que l’homo oeconomicus serait le fait structurant de la société. Le propos induit par la « postmodernité » contredit ce que d’aucuns considèrent comme une évidence. Mais doutons-en.

Le propre de l’homme moderne a été de se tenir hors de la  vie, d’être à l’écart de soi par un amour immodéré de la raison modulant l’existence à opérer la mise à distance (du sens commun, du sentiment). D’une façon désormais audible, « Heidegger nous révèle que l’absence d’une chose à sa place nous manifeste du même coup qu’il lui était essentiel d’avoir une place. »[4] Cette proximité, la postmodernité la réintègre par toutes sortes de pratiques d’identification de soi à autrui. Une nouvelle familiarité se constitue à partir de l’usage instituant de la vie recommencée de l’Etre.

Le poète commence à le devenir dès lors que ce qu’il sait, il l’aura d’abord vécu. « Lire c’est manger. Manger c’est incorporer ce qu’on image, le faire passer dans sa chair et son âme. »[5] D’ailleurs Bobin aime à dire que ce que l’on nomme poésie, il veut l’appeler « parole amoureuse ». Comme telle, la poésie ne naît pas à partir de l’agencement des mots, mais de la vie, d’un peu d’encre, et de quelques songes.  « On écrit d’abord avec sa vie, ce n’est qu’ensuite qu’on en vient aux mots. »[6] Vivre, aimer, créer dans l’abondance des lauriers et des fleurs cultivés pour exhaler une odeur sans Fin d’un départ toujours remis à plus tard. Voici une recette. Je vous envoie une longue lettre que je vous adresse mais aussi à qui veut bien l’entendre, lettre qui est tout à la fois attente et défection de son Moi. Quand on écrit de la poésie, on a le sentiment de n’en être pas l’auteur, mais l’intermédiaire entre l’évocation de souvenirs toujours vifs et un ordre du monde qui vous est étranger.  Que reste t-il comme ambition ? Atteindre à la rigueur de la beauté, tel devrait être la fin du poète. La poésie est d’abord faite de nuit et de silence, car c’est là la façon de nous ouvrir au Sacré. Tout y est une question de tempo.

« Le poète aime l’enfance du temps et préfère non se tourner vers la cascade furieuse de l’avenir, mais se mettre à l’écoute des gens d’aurore. »[7] La poésie est un art éludé, mais dont heureusement Heidegger comprit toute l’importance spirituelle.

« En poésie, il vaut mieux avoir senti le frisson à propos d’une goutte d’eau qui tombe à terre et le communiquer, ce frisson, que d’exposer le meilleur programme d’entraide sociale. »[8] Dans un monde d’utilité, la poésie ne peut qu’être réduite au rebut ; notre monde est construit de telle sorte que le poète ne soit pas écouté. Il y a bien l’effort heideggerien, mais il est étouffé par un brouhaha rendant inaudible tout effort pour habiter la langue. La poésie est subversive pour notre monde qui ne comprend et n’envisage son existence qu’à partir de l’efficacité, du rendement et de la compétitivité. Une vie sans poésie, c’est un Sahara où règne la désolation la plus grande.

Un écrivain, c’est quelqu’un qui se bat avec l’ange de sa solitude et de sa vérité.  Avec le poème, il y a une joie qui s’invite, lovée dans le silence et la solitude. Rien ne bouge ; pourtant l’amour est là. A quoi aspirer  désormais ? A l’élargissement de notre cœur. Appliquer les précautions précieuses de Bobin auxquelles pour que notre sensibilité s’enflamme. « J’ai rencontré des philosophes et souvent perçu chez eux cet abîme entre une parole opulente et la maigreur d’une vie par en dessous privée d’air. »[9]

Ecrire ? Pour qu’il n’y ait plus de leurres ? Ecrire pour plus de clarté ? Ecrire pour plus de douceur ? Les écrivains sollicitent, par le biais de l’encre et du papier, de leur goût du tactile, le baiser transfiguré par la lumière de l’aube naissant. Mais c’est bien inutile. « On le sait, qu’écrire vaut ne pas écrire. » Attendre ? Quoique l’on puisse écrire, on est toujours devancé par l’objet de son attente. Vivre au plus près de son idéal, voilà ce que le poète se doit d’incarner. Il se veut être le porte-voix d’une décision impérative quant à la matérialisation de nos désirs. Et celui-ci ne peut naître que par une introspection à l’écoute d’un silence qui vous parle, nous faisant comprendre que « la civilisation a été inventée pour que demeure possible la solitude. »[10] Il en est l’authentique exemple.

Ce que j’écris, est aux antipodes de la pensée sartrienne, et plus généralement de l’existentialisme, pour lequel « c’est dans l’angoisse que l’homme prend conscience de sa liberté. »[11] Le poète éprouve la liberté par le recueillement propre à donner aux choses une signification heureuse. Il se veut être le présent du présent, se dissuadant ainsi d’une inquiétude devant la mort. S’il est vrai que nous avons perdu l’idée de Dieu, qu’il nous faut renoncer à rechercher la vérité, que l’idée d’Homme est épuisée, tout comme celui d’ordre, la poésie demeure, elle nous attend si tant est que nous nous y préparions. « Ceux qui s’en tiennent à l’ascèse, vivant d’aumônes, exempts de passions, vont, par la Porte du Soleil, rejoindre l’âme inaltérable. »[12]  La pensée pour être un climat favorable à la poésie a besoin d’une économie des mots. Alors, seulement, le poème donne naissance à une disposition nouvelle à l’égard des choses. Que voulons-nous ? Renouer avec l’amour du beau perdu et ainsi pouvoir dire que « la neige est un ange tombé, un ange qui perdit patience. » Les choses de la Nature, il faut s’en emparer pour de nouveau espérer s’éveiller à l’allégresse d’un matin. « En face de nous, en nous, le monde semble surgir avec l’éclat d’une neuve innocence. »[13] Notre accord affirmatif à la vie naît d’un élan qui nous porte à dire oui aux beautés de l’aurore. Le temps qui passe, il faut l’accueillir comme un travail d’amour et d’acquiescement aux routes de la terre. L’être se prolonge dans chaque seconde, traversé par le désir de l’inattendu, où les délices de la lenteur forment une mélodie qui vous ensorcelle. Marchons sans autre but que mener nos pas vers le renaître du pas suivant. Un conseil du poète, épouse ta maison pour semer les conditions d’une sympathie envers l’être. Soit tel le papillon qui touche les fleurs du chemin. Oui, le poète est essentiel. Il est « un donneur de liberté dans l’exacte mesure où il sait être un centre infiniment ouvert d’échange et de passage. »[14]

Le poète se découvre heureux parce qu’il clôt ses volets dans la félicité d’avoir écrit ce qu’il a vécu. Ce qui, par cet intercesseur qu’est le poète, nous réconcilie avec la vie, c’est la tendre lumière qui dirige son Verbe. « Ma terre, comme un oiseau changé en fruit dans un arbre éternel, je suis à toi. » (René Char) Aimer, tout simplement, reconduire par les mots cet attachement à cette vivante sédimentation des sentiments.

Le poète en appelle à la rencontre, à faire que la coupe qu’il nous tend soit une demi fée qui prodigue l’accès à l’émerveillement. Alerte : « la poésie ne s’institue-t-elle pas comme une sorte de religion verbale, avant la réalisation effective de son miracle ? »[15] Gardons nos oblations à la fidélité envers la terre. Que le navire transporte non des rêves mais des arômes pour exalter en nous de mystérieux départs.

La poésie est l’expression d’une précellence de l’avec, d’une transitivité marquée par l’illumination du regard. La poésie, c’est ouvrir une porte pour accueillir une route et des chemins qui se croisent. Et cet accueil nomme les choses et n’en oublie aucunes.

Le poète évoque toutes les richesses du monde qui savent se donner sans compter. « Toutes les feuilles dans les bois disent oui » (Paul Eluard),  oui au vent qui danse.

A ceux qui oublient que les arbres ont une vie, il faut leur annoncer qu’ils sont eux-mêmes oublieux de leur chance d’exister. Rappelons-leur que la lune est un cristal de bonheur. Mais ils ne voient rien, tout obnubilés par eux-mêmes. Le drame précisément pour qui veut évoquer le chant des vies de l’être. Partager l’amour de ce qui est, c’est comme rompre le pain ou boire le verre d’eau offert, c’est effectuer le geste simple qui manque à celui qui ne sait pas accueillir le silence pour s’y blottir.  Que recherche donc le poète ? Une vérité familière qu’il veut vivre mais qui a été détruite. Oui, la poésie réveille en nous cette voie parcourue par le pas des Dieux. Un seul baiser, cela suffira pour faire obstacle « à la mer illimitée des plaintes. » (Jaccottet) Il faut écrire afin d’ouvrir ses yeux au spectacle de cette substance heureuse, cette matinée de l’être : la rosée. Mais les assassins ne nous épargnent pas. Le nihilisme triomphe car nous vivons un temps de démission. Aussi, définirions-nous notre vocation comme une réaction face à celle-ci : accéder au croire en l’étoile de la poésie « qui tient pour nous liaison avec la permanence ou l’unité de l’être. »[16] Nous nous refusons à parler sous le signe de la mélancolie quand bien même pour Yves Bonnefoy, « c’est la terre qui s’en va », irrémédiablement. A l’encontre, de Tel Quel, nous croyons en la halte poétique, à son séjour enchanté. Les plus saturniens les plus sombres nous diront : « à quoi bon la penser si elle n’est plus ni « pensante » ni subversive, si elle consent à une postmodernité synonyme de renoncement à toute aventure ? »[17] La poésie, à la différence de la philosophie est légère, marquée par « un esprit de scherzo »[18] grâce auquel les mots dansent. Notre dessein ? Que notre vie soit suspendue à l’emploi de l’écriture pour faire que notre existence soit réveillée du sommeil d’une parole insignifiante. Que nous reprochera-t-on ? De refuser de se « dégriser des mirages du verbe poétique prétendant puiser à la source de l’Etre », de ne pas congédier « les illusions du chant enclos dans le château trop beau des mots. »[19] Que tentons-nous ? Mêler rêves et désir d’un autrement pour que le verbe soit la source d’une habitation de ce monde. Faire de la poésie l’abscisse et l’ordonnée de nos vies.  Il ne faut pas croire que ce temps soit celui de la mort des Muses. L’âge des poètes a pris fin estime Alain Badiou. Il le souhaite car il faut que la philosophie sorte de l’emprise heideggerienne afin de se réapproprier la catégorie de vérité. Il faudrait refuser à la poésie qu’elle soit le cheminement de la question de l’Etre. Il est vrai que « la poésie s’est en effet souvent pensée elle-même comme investie d’une vocation ontologique éminente. »[20]

C’est même selon Yves Bonnefoy son devoir. Des auteurs comme Michel Deguy ou Dominique Fourcade ne renieraient pas Yves Bonnefoy. Mais me direz-vous, ne faut-il pas penser à partir « d’un univers délivré de l’origine et de la nostalgie ? »[21]

Grand débat : Rimbaud ou Mallarmé ? Ne faut-il pas concevoir le poète comme cet être soucieux d’un salut de l’homme ? Se faire le relais d’une éclaircie, sans pour autant opérer une saisie intensive de l’Absolu ; il faut un peu de sobriété pour ne pas céder au théologico-poétique, que le romantisme entretient, un peu de discrétion pour en revenir à la chose même. Renoncer à la poésie ? Non, mais faire advenir les droits d’une nouvelle poésie libérée d’un lyrisme ridicule. Pour Sollers, écrire de la poésie est selon lui une entreprise niaise. Or, dire que « la proclamation de la fin de la poésie a eu lieu »[22] relève d’une inconscience meurtrière. A quoi bon des poètes en temps de détresse (Hölderlin), cette question est d’une actualité brûlante.

Il y a dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy le brûlant désir de nous dire combien l’appréhension du sensible nous lie à la Présence. Poétiser, c’est s’en tenir à un bel et vivace aujourd’hui. Heidegger, ce philo-poète sut nous dire combien une rose est sans prix. L’oubli du poète est une mort, fin d’un bel canto au son d’une blancheur irréprochable. Ce qu’il s’agit de capter par l’écriture, « c’est rien moins que le son de l’être lui-même, un le-temps-l’être. » (Heidegger) Le poète murmure car il doit se tenir dans la voix silencieuse de la vie qui croît. Un frisson. Alors la poésie, pensante ou chantante ? Recueillie ou lyrique ? Plutôt faut-il se demander si en la pensant d’une façon trop exigeante, cela ne nous a pas conduit à nous égarer quant à ce qu’elle recouvre. Mais demeure la question de sa possibilité du fait que « la modernité réduit l’être humain au statut d’animal laborans, de sorte qu’il ne peut que faire l’expérience d’une habitation non seulement aliénée mais encore désolée. »[23] La technicisation de l’existence brutalise la langue, réduite à ne plus penser qu’en termes d’opérationnalité. Il faut sauver la terre et non l’arraisonner, et s’en faire le maître, accueillir le ciel pour être ainsi réceptif aux indices du divin. La poésie est sauve de toute tentative d’objectivation de sorte qu’elle est réceptive à la parole silencieuse par quoi l’Etre se donne. « Le Dire poétique équivaut à l’éclaircie de l’Etre. »[24] Pour ce faire, il faut que le poète cultive une amitié avec le divin ou pour le moins avec sa trace. « Alors seulement la poésie peut vraiment œuvrer à la fondation de l’Etre par la parole. »[25] Mais notre temps soumis à l’empire du calcul n’est-il pas voué à la disparition de la trace divine, à l’éclipse du Sacré pour enter dans la nuit du monde. « C’est pourquoi le poète du temps de détresse doit interroger l’essence d’une poésie devenue problématique. »[26] Aussi, répondons-nous à notre question : il faut privilégier une poésie pensante digne d’Hölderlin. Aussi devons-nous nouer l’essence de la parole à la parole de l’essence. Le poète perçoit l’écho d’un dieu qui le libère des préoccupations de l’homo oeconomicus. « Il chemine vers la trace du sacré et par son chant consacre l’intact de la sphère de l’Etre. »[27]

Le poète déclare son oui à la chair du monde et ne rejoindra la vérité de l’Etre que s’il se dépouille de son moi. Donner l’Etre. Oui, une consolation demeure possible en dépit de l’obscurcissement propre à la vision froidement scientifique du monde. « L’expérience d’être joint à ce qui surpasse demeure préservée par la parole poétique, pour peu qu’on sache l’écouter. »[28] Mais elle suppose que l’homme accueille le caractère premier du Logos. Comme nous l’apprend Paul Ricœur, « le langage n’est pas ce dont nous disposons, mais ce qui dispose de nous. » Dès lors, l’homme peut habiter en poète. Alors, « l’amour pour la création produit quelque chose comme un mouvement de l’athéisme vers la foi. »[29] Sous le ciel et sur la terre, la parole est chant de l’originel pour se tenir dans un vivre-ensemble avec les dieux. Habiter en poète pour vivre dans le voisinage de l’être. « Je tiens à dire qu’avant d’être dilettante et pierrot, j’ai séjourné dans le cosmique. » Jules Laforgue. Nos temps modernes qui nous ont conduit de l’enthousiasme au désespoir de la banalité du monde utilitaire ont scellé le sort de ceux qui portaient les conseils d’Apollon et de Dionysos. « Il n’y a plus de souffle divin, de parole originaire et sacrée. Le maillon manquant n’est autre que le premier maillon lui-même : l’aimant divin des Muses qui attirait à lui, dans le dialogue de Platon, Homère et sa cohorte de rhapsodes. »[30] Et pourtant, l’homme était l’amorce d’un poème que l’Etre avait commencé. Mais peu à peu s’est amenuisée la prosopopée du verbe haut. Que faut-il désormais faire pour convier les dieux à notre table ? Laisser chanter l’autre de la raison qui est en nous. Il faut « céder à l’initiative des mots. »[31] Le poète est un acrobate qui tente d’articuler les signifiants pour laisser deviner la demeure divine. Pour écrire, il faut la caution inaugurale des Dieux, dont l’indice nous apprend Jacques Réda est celle « d’une petite pluie, ou d’un dernier rayon oublié dans les arbres par le couchant. » Non, la lumière sacrée n’est nullement annulée en dépit de la barbarie qui est notre condition. L’acuité d’une écriture étincelante de sensualité nous ouvre à la contemplation du bel aujourd’hui. Le propre du poète nous apprend Kant, « n’est pas tant de partir d’un indicible que d’y parvenir, de produire des figures de langage inédites qui donnent à éprouver le sentiment d’un indicible. De l’Idée, il n’y a aucune intuition ni réminiscence, mais seulement une évocation figurée. »[32] Il y a un trésor de mots qui recèle plein de choses à dire. Et le poète contemporain, conscient du désenchantement inhérent à la société moderne doit travailler les mots pour faire œuvre d’une piété qui accueille le Sacré.  Sacré qui nous délivre de notre moi étriqué par un basculement dans un onirisme sismique. Mais précisons : le Sacré n’est pas de l’ordre du Transcendant, il appartient au presque-rien de l’ici et du maintenant. Oui, le poème doit devenir une écriture sainte où palpite une joie inextinguible. « Ecrire, c’est s’inscrire dans le monde. »[33] Guillevic nous certifie de notre présence au monde dont se déduit l’accès au Sacré. Le sentiment du Sacré est l’expression d’une joie qui participe d’une économie vibratoire de la matière. « A la limite, poésie et Sacré se confondent. Il appartient au poète de donner à la société cette fondation sur le Sacré. »[34] L’œuvre de Ponge est toute habitée de rester « intégrée au monde » et d’entretenir une amitié avec les choses. Cependant, chez cet auteur, l’habiter ne vas pas sans l’expérience d’une étrangeté.

« La matière telle que la conçoit Ponge demeure affectée d’un irréductible coefficient de mystère. »[35] Le Sacré ne saurait exister sans la congruence du secret et de l’inutile, sans les noces de la prière et des louanges. Ponge goûte au Sacré par l’entremise de choses aussi simples qu’un galet dont il dit qu’il « est plus important que le ciel. »  Le  poète, à quoi aspire-t-il ? Bâtir un lieu qui dépasse la froide abstraction d’une rationalité pour accueillir une vie touchée par les beautés qu’elle recèle. « Attaché à écouter les voix muettes du monde premier de l’appartenance, à se laisser captiver par elles, le poète découvre jusque dans le quotidien de quoi susciter ce sentiment de la merveille dont parle Julien Gracq, et la chose lui apparaît sous l’angle de cette altérité imprévisible et irréductible qui signale la présence du Sacré. »[36] Par le phrasé, le rythme, la tonalité, la poésie est une sorte de liturgie ritualisée, une musique au lyrisme diffus. La foi du poète et de son dire, nous ouvre la voie à l’écoute de l’insaisissable, inaudible à qui prétend comprendre le monde à partir de l’arraisonnement technicien. Son dire demande une parole modeste, ayant renoncé à l’emphase du Dieu tout puissant au profit d’un travail digne d’un ciseleur. « Le poète est un ancien penseur qui s’est fait ouvrier. » (Francis Ponge) Faut-il considérer que l’homme par son action confère un sens à l’objet ou bien, à l’instar du propos pongien estimer que celui-ci a sens à partir d’un monde donné ? La volonté de Francis Ponge est d’abolir l’homme comme sujet pour le projeter dans le monde l’en-soi, « pour ensevelir celui-ci dans le suaire de la matière. »,[37] Au plus grand désespoir de Sartre. Etre au monde, pour le poète qu’est Ponge, c’est refuser l’homme pour le parti pris des choses. « Supposons que l’homme, las d’être considéré comme un esprit ou comme un cœur à troubler, se conçoive un beau jour ce qu’il est : de plus complexe, de plus dense et de plus lourd à déplacer… Il n’en faudrait pas plus pour que tout change, et que la réconciliation de l’homme avec le monde naisse de cette nouvelle prétention. » Goûter avant de dire, afin de rendre possible un accord préalable du Dasein avec ce qui l’affecte. Puis dire pour habiter le monde et la langue quand bien même pour Ponge, le monde muet est notre seule patrie. Comment haïr Dieu et honorer le Logos ? Comme l’écrit Ponge. Le turbulent animateur du verbe, celui qui chante l’infini tourbillon des mots, agité de remous insondables, comment pourrait-il professer un athéisme de rigueur ? Réveiller la matière dormante des lettres,  c’est s’éveiller à un matérialisme sémantique où la physique des mots prévaut sur toute herméneutique. Mais n’oublions pas : « quelque importance que l’on accorde à la considération du signifiant, le signe ne cessera jamais de signifier. » C’est pourquoi on peut parler à l’endroit de Francis Ponge d’un matérialisme quasi religieux. En effet, si celui-ci nous invite à « oublier l’esprit chrétien », il n’en reconnaît pas moins le caractère sacré et non transcendantale de la matière. La poésie, une poéthique dont la sagesse nous permet de résister à la dévastation de la terre. Aussi, faut-il « réaffirmer la conviction constante que la poésie est d’abord la recherche, et de la présence et d’un sens »[38] dont le jeu sur les signifiants  annihile. Or, il faut réaffirmer notre être-au-monde qu’une poétique intransitive empêche de penser. Lire un poème, n’est-ce pas être ouvert vers quelque chose qui transcende l’écriture ? De l’empyrée des Idées, le poète affirme la finitude de l’homme. Le poète est un éco-nomiste en ce sens où il nous permet d’habiter ce monde, quand bien même la langue française, encline à l’abstraction, peut être un obstacle à comprendre le réel dans sa dimension poétique. Ecrire poétiquement, est-ce effacer le travail de sonorité qui nous met en résonance avec les Idées ? Oui pour Bonnefoy. Oui, car ainsi le poème « retrouve cette épaisseur d’exister sensible que les concepts nous dérobent. »[39]  Bonnefoy pose donc la question ontologique suivante : comment retrouver la plénitude de la présence sinon par la revendication du poète à faire sens ? Depuis que Dieu s’est absenté, et nous a abandonnés, non pas tant de son propre chef, mais du nôtre, il revient au poète la tâche de nous murmurer l’appel de l’Etre. « Avant, les mots, les mots de tous les jours s’articulaient à la Présence divine, dans la grande chaîne de l’Etre, par la voie de choses du monde chargées d’un sens symbolique, reliées par le réseau des correspondances. »[40] Dire adieu à un passé épuisé, ce n’est pas nécessairement désespérer si nous faisons nôtre l’accueil d’une raison poéthique où la lyre du poète est l’action « suprême ». Malgré les violences qu’il subit, le symbolique fait encore sens. Aussi, dire comme c’est le cas avec Nietzsche que « Dieu est mort » est une parole sans fondement et comme le pense Yves Bonnefoy, une parole bien naïve. Le poète se fixe pour fin d’éliminer l’hipoxémie  propre à une société égarée. Il faut « échanger contre l’infini du rêve l’absolu de la vie. »[41] Il faut à l’opposé de Nietzsche affirmer la nécessité d’un « Dieu à venir », réelle possibilité d’un séjour pour l’homme sur cette terre, afin d’affronter la férocité de notre temps hypermoderne. La poésie doit suppléer la philosophie car sa parole « est incapable n’est pas en mesure de nous redonner le sens de la présence ni de nous resouder à l’être primordial. »[42] Si nous aimons Yves Bonnefoy, c’est parce qu’il se tient sur des cîmes, lui aussi c’est un le Crest, à hauteur d’entités majusculées, développant nous dit Jean-Claude Pinson, une théologie de la Terre.

Le poète, le philosophe se posent des questions qui étonnent : ainsi, Philippe Jaccottet se demande, « Pourquoi donc y a-t-il des fleurs ? » Cependant, il ne se paie pas de mots, « ce n’est pas une parole mais de l’eau qui bouscule les pierres. »

Le divin peut-il être appréhendé dans la gloire d’une parousie dont le poète serait l’annonciateur ? C’était la visée des Romantiques allemands. Il est certain que le poète donne à voir l’existence de l’infini dans le fini. Il présentifie  cet autre chose.

Oui, de la poésie découle une illumination polychromique où la beauté palpite. Alors faut-il suivre la pensée du dernier Heidegger pour laquelle il faut penser l’Etre en faisant l’économie du détour de l’étant ? Il s’agirait plutôt de se tourner Maurice Merleau-Ponty. Nous l’avons dit, le poète pose des questions, car il sait que dans notre monde, la question de la beauté s’est évanouie dans un (non) art qui cultive l’abjection. Aussi, face à cela, il faut réitérer le questionnement : « Qu’est-ce qui naît à la rencontre du ciel et des yeux ? »[43] L’existence d’un dieu. Mysticisme ? Non, car le poète ne peut s’évader du monde pour se réfugier dans des illusions qui le dévoie de son chemin. Il n’est pas hors monde, mais chant du monde. Un chant toute en retenue où « la discrétion de la parole prend appui sur une écoute d’abord ajustée à la modestie du réel. »[44]

Aussi, que la poésie prétende être l’institutrice de l’humanité semble une prétentieuse ambition. Alors faut-il avec Michel Deguy considérer que « nous ne pouvons plus croire en aucun stable commerce avec l’invisible ? »[45] La poésie comme remontée vers l’originaire nous est-elle désormais interdite ? Que dire sinon que la poésie doit se faire l’écho de la parole de l’Etre à laquelle elle se ressource. La poésie donne à voir l’éclaircie de l’Etre, ce qui nécessite comme le pense Heidegger, que « le poète doive favoriser le fait que l’intact reprenne sa distance avec l’étant. »[46] Reconquérir des terres là où le désert croît. Inscrire l’homme dans un cosmos afin d’habiter cette terre. Cela suppose une définition du mouvement qui, tel le petit coléoptère qu’est la coccinelle, fait que je me déplace d’une manière à la fois hésitante et obstinée, entrecoupée d’arrêts dus à de soudaines et contradictoires attirances. »[47] Le temps, il faut savoir s’y lover comme si on avait tout en temps. Flâner, se promener, cheminer… « L’injonction de circuler découle de la loi du travail et du profit, de l’impératif du mouvement à tout prix. La lenteur, le droit à la paresse sont au principe d’une circulation poétique qui nous livre à la profusion merveilleuse du monde » La poésie participe d’un sentiment océanique qui nous grise et nous fait épouser l’intimité amoureuse d’avec la pluie. Le poète de sa cithare délivre « la musique même de la planète. »[48] Goûter au sublime d’un lieu lourd d’une aura, c’est opérer une sorte de désubjecvtivation désappropriante où le phrasé musarde dans des digressions voyageuses. Les mots sont notre moyen de transport, et quand Ponge écrit : « je pleure dans mon mouchoir et voilà une page de poésie. »[49] La poésie transcende notre monade subjective pour nous ouvrir au monde :

C’est l’extase langoureuse,

C’est la fatigue amoureuse,

C’est tous les frissons des bois,

C’est vers les ramures grises,

Le chœur des petites voix…

Apparaît un chant où « la conscience a presque cessé de vivre sur le mode de l’existence séparée. »[50] Au-delà du sujet et de l’objet, dans l’entremêlement intime de l’intériorité et de l’extériorité comme le traduit ce vers de Verlaine : « Il pleut dans mon cœur/ Comme il pleut sur la ville… » La poésie à laquelle nous sommes attentifs ? Une poésie de l’être-au-monde, plutôt qu’une poésie de surplomb où le sujet dicte le jeu des signifiants. La poésie ne saurait s’inscrire en dehors d’un vécu, qu’il doit tenter de le traduire dans la langue ; la vie, la voie, la poésie. Il faut savoir se dire sans pour autant tomber dans une effusion sentimentale, là où longtemps fut préféré le on et le nous. Jacques Dupin écrit dans son recueil Gravir, « je n’appartiens qu’au sentier de montagne/ Qui serpente au soleil entre la sauge et le lichen. »[51] Pour recueillir la beauté sans fard du dire, il faut être en mesure de produire cet « enlèvement de l’âme ». Faut-il telle l’intuition de Novalis faire en sorte de lier le poème à la logique rigoureuse d’un problème mathématique ? Dire non au lyrisme ? Que répond Adorno : « pour lui, la poésie lyrique ne peut être comprise qu’en rapport avec la dialectique de la résistance du sujet individuel au processus de réification qu’entraîne la domination sans partage de la raison instrumentale. »[52] La poésie est la voie d’une contestation de cette domination. « Il faut que la parole du poète soit en mesure d’accueillir une réalité non mutilée, non expurgée de ces « fleurs du mal » que le lyrisme « noble » veut ignorer. »[53] Le poète est l’artisan d’une volonté qui lutte contre l’aliénation de l’objectivité technicienne. Et ce souci, nous y souscrivons. Participer à la nouure du verbe qui s’éclot dans l’action, oui, et encore oui. Mais quelle action ? « Le sujet doit sortir de lui-même en faisant silence. Il doit devenir en quelque sorte le vase qui reçoit l’idée d’une langue pure. »[54] Ainsi retentit la voie du poète qui devient la voix des hommes qu’une barrière a séparés. Adorno pense en effet que le poète est l’instigateur d’un dire qui prend tout son sens dans une intersubjectivité où l’homme renoue avec l’homme. Il faut « se refuser à une conception du langage qui privilégie la dimension la plus emphatique ou la dimension purement ludique, au détriment de sa dimension communicationnelle. »[55]

Comme le souligne Théodor Adorno, « la poésie doit préserver l’intégrité du langage sans avoir à payer le tribut de l’ésotérisme. »[56] Il ne faut pas qu’elle sombre dans le subjectivisme, l’idéalisme chanté. Le poète doit se dédire d’un enchantement trompeur. Ce n’est pas tant moi l’homme qui chante, qu’une voix venue de l’abîme de l’être où « le poète est parvenu à un état mystique de dépouillement de soi et d’unité avec le tout. »[57] Si le poète est le verbe admirable, c’est qu’il se prête à un état qui l’abandonne aux dieux. Alors, « il butine dans les jardins et les vallons boisés des Muses. »[58]

Il nous faut un lyrisme de la pure immanence qui étreint le réel, où le bruissement des mots réveille l’innommable. Le poète doit penser ce qui n’est plus pensé. Le poète ?

Qui est-il ? Un trésorier qui a plein de choses à nous dire le ressac du divin. « Quand les anciennes mythologies ne nous sont plus de rien, felix felicita ! Nous commençons à ressentir religieusement la réalité quotidienne. »[59] Ne pas séparer le dire du vivre pour éprouver la polysémie de l’existence, la fécondité de ses évocations. Entendre l’ob-joie et s’en tenir au mystère de l’évidence, tel est l’huis du poète. L’air, la mer, la nuit, les chemins et les vents, avec une telle abondance de beautés, Dieu est là.

Est-ce un Dieu Chrétien ? Ah ! Un Dieu à notre secours, cela suffit. Dieu, notre planète. Peut-être sombrè-je dans un panthéisme de mauvais aloi, mais il me semble que c’est là la voie incontournable d’un nouvel élan vital et spirituel.


[1]Ce qui est devant la porte          .

[2] Pâleur.

[3] Pierre Reverdy, Cette émotion appelée poésie, Flammarion, 1974, page 236.

[4] Jean-Louis Chrétien, l’effroi du beau, le Cerf, 1987, pages 8 et 9.

[5] Christian Bobin, La merveille et l’obscur, paroles d’aube, 1995, page 32.

[6] Idem, page 35.

[7] Christian Midal, Pourquoi la poésie ? Agora, 2010, page 111.

[8] Henri Michaux, l’Avenir de la poésie, Œuvres complètes, I, Gallimard, 1998, page 968.

[9] Ibidem, page 118.

[10] Renaud Camus, Eloge du paraître, POL, 2000, page 59.

[11] Jean-Paul Sartre, L’Etre et le Néant, Tel, 1979, page 64.

[12] Patrick Carré, Nostalgie de la vacuité, Pauvert, 1999, page 90.

[13] Jean-Pierre Richard, Onze études sur la poésie moderne, Points Seuil, 1964, page 81.

[14] Idem, page 107.

[15] Ibidem, page 125.

[16] Saint-John Perse, Poésie, Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960, in Amers, Gallimard, page 170.

[17] Jean-Claude Pinson, Habiter en poète, Champ Vallon, 1995, page 14.

[18] Jean-Pierre Martin, Le piano d’Epictète, Corti, 1995, page 129.

[19] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 16.

[20] Idem, page 25.

[21] Jean-Pierre Richard, Poésie et profondeur, le Seuil, 1955, page 11.

[22] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 40.

[23] Idem, page 66.

[24] Ibidem, page 68.

[25] Martin Heidegger, Acheminent vers la parole, Gallimard, 1976, page 244.

[26] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 69.

[27] Martin Heidegger, Pourquoi des poètes, page 384.

[28] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 76.

[29] Martin Heidegger, La fin de la philosophie et le tournant, in Question IV, Gallimard, 1976, page 456.

[30] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 89.

[31] Stéphane Mallarmé, Crise de vers, in Œuvres complètes, Pléiade, page 366.

[32] Jean-Claude Pinson, oups cit., page 110.

[33] Guillevic, Vivre en poésie, Stock, 1980, page 176.

[34] Guillevic, Art poétique, Gallimard, 1989, page 110.

[35] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 122.

[36] Idem, page 127.

[37] Ibidem, page 142.

[38] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 157.

[39] Yves Bonnefoy, EP, page 280.

[40] Idem, page 207.

[41] Yves Bonnefoy, Ecrits  sur l’art avec les artistes, page 64.

[42] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 165.

[43] Philippe Jaccottet, ATV 35.

[44] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 183.

[45] Michel Deguy, TDB 130.

[46] Michel Deguy, TDB 145.

[47] Jacques Réda, RP 85.

[48] Jacques Réda, HT, page 129.

[49] Francis Ponge, Entretiens avec Philippe Sollers, Gallimard/Seuil, 1970, page 27.

[50]Jean-Pierre Richard, Poésie et profondeur, le Seuil, 1955, page 176.

[51] Jacques Dupin, L’Embrasure, précédé de Gravir, Gallimard, 1963, page 15.

[52] Jean-Claude Pinson, opus cit., page 224.

[53] Idem, page 225.

[54] Théodor Adorno, in Notes sur la littérature, Flammarion, 1984, page 61.

[55] Jean-Claude Pinson, opus. cit., page 226.

[56] Adorno, opus cit., page 55.

[57] Nietzsche, La naissance de la tragédie, § 5.

[58] Jean-Claude Pinson, opus cit. page 244.

[59]Jean-Marie Gleize, AN, 120.

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Responses

  1. La poésie est plus que nécessaire. Elle est l’interrogatrice. Celle qui fait poser les questions et nous permet d’y résoudre !


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