Publié par : pascalbaptiste50 | 20 mai 2015

Communication du mercredi 6 mai 2015 par M. François ROSSET : Proust et Maupassant. Pair et impair (première partie)

Proust et Maupassant

Pair et impair

Synthèse de la communication de François Rosset à la SNA le 6 mai 2015 (1ère partie)

Proust a porté un jugement sévère sur son aîné Maupassant, qu’il avait lu en profondeur, en le traitant d’écrivain secondaire. Il l’avait parfois rencontré dans le monde qu’il découvrait tandis que Maupassant le quittait bientôt définitivement. Les salons de la comtesse Greffulhe, de Mme Mérédith Howland, de la comtesse Potocka et de Mme Straus leur étaient en effet ouverts. Maupassant avait même courtisé la comtesse Potocka et Mme Straus.

Les deux écrivains, marqués par les lieux dans lesquels ils ont évolué, Paris et la Normandie, ont subi des influences communes décelables à la lecture.

L’influence de leur temps : la fin du XIXe siècle, dans lequel « ils ont puisé un fonds intellectuel commun » :

La récusation du témoignage des sens, le caractère illusoire d’une réalité extérieure purement objective, la fragilité et l’instabilité de la personne humaine, ces idées que nous disons proustiennes datent en fait, dans leur éclosion et leur propagation, du dernier tiers du XIXe siècle. Cette même période a vu se développer, sur le plan médical comme sur le plan psychologique, l’étude de l’inconscient, qui a même engendré toute une esthétique dont on trouve l’écho chez les écrivains d’alors autant que chez Proust, leur contemporain à retardement. À la psychologie du subconscient se rattachent d’ailleurs les phénomènes de mémoire affective et les sensations évocatrices.1

L’influence de Flaubert, auquel Proust a consacré un pastiche de l’affaire Lemoine, témoin de l’analyse approfondie de son style. On sait que Flaubert, ami des parents de Maupassant, avait pris celui-ci sous son aile et intronisé dans le monde journalistique et littéraire, lui prodiguant fréquemment des conseils éclairés.

L’influence de Schopenhauer enfin. Les Pensées, maximes et fragments, florilège de l’œuvre de Schopenhauer réalisé par Jean Bourdeau en 1880, recueil de dimensions modestes, connut en France un tel succès qu’Alfred Capus put écrire dans Le Gaulois 2 à l’occasion du centenaire de la naissance du philosophe :

A Paris, un jeune écrivain qui ne se montrerait pas suffisamment pessimiste ne trouverait pas un éditeur pour accueillir ses premiers écrits et dans les salons les femmes le dédaigneraient. Il n’est pas nécessaire d’être pour cela triste et de méchante humeur, mais il faut être pessimiste comme on est inscrit à un club. On n’est pas obligé de jouer.3

Ce recueil, dont Maupassant fut un des premiers lecteurs, faisait apparaître une prédilection pour le pessimisme et la misogynie que l’on retrouve avec éclat tant chez Proust que chez Maupassant.

On verra dans la 2ème partie de cette communication que les deux écrivains ont des conceptions voisines sur le roman : rôle de la mémoire involontaire et du temps, importance de l’œuvre d’art, positionnement de l’écrivain au centre de l’univers romanesque, distinction entre le moi social et le moi créateur.

Ainsi d’une certaine façon Proust aurait subi une influence forte de la part de Maupassant, influence qu’il a rejeté en l’ostracisant dans son œuvre et dans sa correspondance.

1 André Ferré

2 Du 25 février 1888.

3 Cité par Carassus

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