Publié par : marcletourps | 3 décembre 2014

Prix littéraire du Cotentin 2014 Allocution de Patrice Pillet

PRIX LITTÉRAIRE DU COTENTIN – ALLOCUTION DE BIENVENUE
prononcée le 28 novembre 2014 à Flamanville, par Monsieur Patrice Pillet,
Maire de Bricquebec, Délégué à la Culture au Conseil Général de la Manche
Je suis heureux de vous accueillir, au nom du Président du Conseil Général, dans ce magnifique cadre du château de Flamanville, pour la remise du Cinquante-et-unième Prix littéraire du Cotentin, créé en 1964 par le député-maire de Valognes Pierre Godefroy, et par quelques érudits du Cotentin, pour mettre en valeur l’œuvre d’auteurs de notre territoire, ou qui parlent de notre petit coin de terre normande.
Au fil des années, nous avons récompensé des œuvres aussi diverses qu’un roman de Didier Decoin, le Dictionnaire normand–français d’Éric Marie, le travail d’édition poétique et graphique de François David, et bien d’autres lauréats, qui ont tous su, avec la passion naturelle de qui prend le temps d’écouter, de regarder et de sentir la substance de notre terre « d’ichin », traduire, chacun à sa façon, un fragment de leur patrimoine.
Nous tenons à perpétuer cette distinction qui constitue une modeste récompense (ce n’est pas le Prix Nobel !), mais qui met en avant la richesse de la production littéraire locale, et traduit l’intérêt que nous portons au livre, comme support de la connaissance et vecteur du savoir.
Notre petit bout de Normandie est riche de talents artistiques de toute nature. La beauté et la diversité de ses paysages tout en contrastes, le poids de son histoire passée ou récente, dont les stigmates sont autant de cicatrices temporelles, la confrontation entre la mer et la campagne, et leur monde bien spécifique, la situation quasi insulaire qui forge les âmes ont beaucoup influencé les pratiques ethnographiques locales. Ce sont autant d’éléments qui ont stimulé la création artistique dans les formes les plus diverses : la littérature, la peinture, le cinéma.
De plus, chaque coin de notre Cotentin regorge d’histoires, personnelles ou collectives, de vécus authentiques, imprégnés de l’influence de l‘environnement, métamorphosés en récits de vie, qui peuplent notre imaginaire collectif. La Hague, et la rigueur de son climat et de son habitat, le marais et ses mystères, la côte est et ses fortunes de mer, le bocage et sa ruralité ont, de tout temps, inspiré les auteurs, qui ont invité, dans leurs écrits, la fierté et le courage des habitants.
C’est par le truchement de passeurs de mémoire, et de chroniqueurs du quotidien révolu, que notre culture locale se diffuse, se confie. C’est par leur travail que le fabuleux se révèle, et que nous pouvons nous convaincre que nous habitons un territoire exceptionnel.
Cette année, Monsieur Lerouvillois, vous avez conquis les suffrages du jury pour votre œuvre magistrale, riche de nombreux ouvrages divers et bien documentés, qui nous content la grande histoire, mais aussi les petites, avec force détails, et parfois des digressions vers le fantastique.
Votre talent naturel de narrateur vous a conduit à explorer différentes périodes de notre histoire locale, avec une recherche constante d’authenticité. Chroniqueur scrupuleux du détail, comme le fut un de vos illustres prédécesseurs, le sieur Gilles de Gouberville, archéologue littéraire de notre histoire marine ancienne aux fortunes inconnues, ou conteur mystique pourchassant les impostures en quêteur de vérité, votre talent révèle un souci méticuleux du détail et de la précision.
Dans l’un de vos derniers ouvrages, que vous avez eu la bonté de me faire parvenir, vous livrez même une autre facette de votre univers créatif. De ces « immuables rochers » de Flamanville, « gardiens de mémoire », révélés par vos talents de photographe et votre plume de conteur, aux « éléphants » de Biédal, chers à Côtis-Capel qui en a déploré la disparition, les mégalithes naturels prennent des allures « fantasmagoriques », selon vos propres termes. Le viseur de l’objectif en débusque des images étranges, invisibles à l’observateur moyen ; images saisissantes par leur expression et l’acuité de leur présence. On croirait presque que quelques goubelins sylvestres, mystiques figures de nos légendes animistes locales, se seraient égarés au bord de mer, et auraient été pétrifiés, pour devenir les témoins éternels de notre mémoire collective.
Je reprendrai une citation de Jean Rostand, de votre ouvrage, qui nous invite à retrouver le chemin des réalités :
« En nous dévoilant ainsi une infranature insoupçonnée, on nous donne de nouveaux prétextes à regarder autour de nous, on augmente nos raisons d’estimer notre terre, on nous rattache à la planète par d’innombrables fils de beauté. Et aussi, quelle leçon de sagesse !
Il est toujours salutaire de rappeler à l’homme l’ubiquité de l’essentiel. »
Vous avez été professeur au lycée Jean-François Millet, et moi, étudiant, mais nos routes ne se sont pas croisées. J’envie ceux qui ont pu profiter de votre savoir et de vos enseignements. J’imagine que votre passion pour le Cotentin, notamment la région de Flamanville, irradiait vos cours (sans jeu de mots fâcheux), et que vos disciples sont devenus prosélytes.
C’est une somme que nous récompensons aujourd’hui, un engagement d’une vie au profit d’une mémoire collective, et je suis fier d’être le porteur de cette tâche au nom de notre collectivité départementale.
Je vous adresse donc, au nom de la collectivité départementale, toutes nos félicitations pour le travail accompli.

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