Publié par : marcletourps | 9 janvier 2014

Connaissez-vous les décroissants

Connaissez-vous les décroissants ?

 

Version 2 du 21 décembre 2013

 

1-Préambule : cette communication à la Société Nationale Académique de Cherbourg (SNA) fait appel à un mémoire de l’Université de Nîmes sur la représentation sociale des décroissants. Dans la première partie, je me suis appuyé sur ce mémoire pour nous permettre de découvrir ce groupe social baptisé « décroissants ». La deuxième partie propose des exemples de nouveaux comportements que tous peuvent adopter selon leurs centres d’intérêts.

Comme il se doit, cette communication respecte les articles 1 et 17 de nos statuts rappelés ici.

Article 1°

La Société Nationale Académique de Cherbourg a pour but l’étude des questions philosophiques, économiques, historiques et archéologiques et la publication des anciens textes.

Article 17

La Société entend, dans ses séances mensuelles, la lecture de tous les mémoires qui lui sont soumis; elle admet la discussion sur toutes les matières prévues à l’article 1°. Toute discussion sur la religion ou la politique est interdite.

2-Plan :

La 1° partie de cette communication comporte une brève présentation des décroissants s’appuyant sur le mémoire de l’Université de Nîmes. Cette partie donne le contexte de cette étude pour vous permettre de saisir l’intérêt présent et futur des orientations retenues par les décroissants.

La 2° partie présente des exemples de comportements décroissants en liaison avec certaines de nos précédentes communications, ainsi qu’avec d’autres sujets locaux d’actualité.

1° partie : Les décroissants d’après le mémoire de l’université de Nîmes

Ce mémoire sur la représentation sociale des décroissants s’appuie sur l’enquête effectuée  auprès de populations françaises et italiennes. Cela m’a fait découvrir ce qu’étaient les décroissants et me permet de vous les présenter.

1#     Introduction

Les considérations environnementales sont des thématiques largement partagées dans les sociétés occidentales. Dans ce contexte, les populations adoptent des attitudes et des comportements divers qui vont du déni de la situation à un prosélytisme pro-environnemental plus ou moins marqué. Intéressons nous ici à ce que sont ces  personnes dites « décroissantes ». Voici une définition récente de  la décroissance datant de 2010 : «  une réduction équitable de la production et de la consommation qui augmente le bien-être humain et améliore la situation écologique à un niveau local et global, sur le court et le long terme ».

2#     Cadre théorique et historique

Des préoccupations environnementales croissantes

Les questions environnementales sont d’ordre planétaire et exigent des individus que leurs actions se placent dans une perspective globale, ce qui est tout à fait nouveau dans l’histoire de l’humanité. Cette relation entre le local et le global est théoriquement pertinente, mais ne l’est plus forcément au niveau des comportements individuels.

Pour beaucoup, l’écologie, le développement durable et la décroissance recouvrent les mêmes champs, limités à la dimension environnementale, alors qu’en réalité il y a des différences idéologiques profondes. Cet éclairage a été utilisé dans le mémoire pour mieux cerner les crispations idéologiques qui se nouent autour de ces sujets en général et de la décroissance en particulier : « l’écologie politique est un mouvement qui fait un choix, sinon il n’y a pas de politique ».

Un peu d’histoire peut faire remonter l’idée de décroissance au mouvement des Luddites en Angleterre au début du XIXe siècle. Plus tard aux États-Unis, David H. Thoreau publie en 1843 son « traité de désobéissance civile » ainsi qu’en 1854 son ouvrage « Walden ou la vie dans les bois », pamphlets critiques à l’égard du monde occidental sur fond de naturalisme. Les premiers efforts de théorisation se sont manifestés au sein du Club de Rome en 1972 et chez le mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen, auquel on attribue l’origine du terme « décroissance » .En pratique, la décroissance propose surtout une réduction et une relocalisation des productions et des consommations (Latouche, 2007).

L’idée de la nécessité d’un développement humain en équilibre avec les exigences de l’environnement remonte à loin, mais l’expression « développement durable » apparaît officiellement en 1980 dans un document réalisé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). En 1987 le Rapport Brundtland publié par l’ONU définissait le développement durable comme un mode de développement qui « répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Le terme « décroissance » en France commence à prendre son sens politique avec le mouvement des « Casseurs de pub » en 1999 qui aboutit au premier Colloque de la décroissance en 2004 bientôt suivi en 2006 par la création du Parti de la décroissance.

L’histoire du mouvement de la décroissance en tant que tel en Italie est bien plus récente qu’en France : c’est dans les années 2000 que sont publiés les premiers livres sur ce thème par Maurizio Pallante. Aujourd’hui il n’y a pas de mouvement politique de la décroissance en tant que tel. Je respecte donc notre article 17.

On peut estimer qu’il y a consensus sur la définition en France et en Italie de l’expression « développement durable », tant ces définitions sont similaires malgré les différences linguistiques. Elles sont centrées sur un même concept, issu du Rapport Brundtland, visant à promouvoir un développement qui puisse perdurer au-delà des générations actuelles. Il y a donc un plus grand accord sur la définition du développement durable que sur celle de la décroissance.

Par contre, en ce qui concerne l’énergie, il y a une profonde différence entre l France et l’Italie dans les choix énergétiques notamment sur le nucléaire. La France est le pays le plus nucléarisé au monde en rapport nombre de réacteurs / nombre d’habitants en 2013, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire ASN, tandis que par referendum, l’Italie a fait le choix de sortir du nucléaire civil en 1987, choix qui a été confirmé en 2011.

En termes d’urbanisation, la France compte de grandes villes très denses. En Italie, ce sont les villes de moyenne dimension qui sont largement majoritaires. Bien entendu, ces différences sur quelques uns des enjeux spécifiques ne sauraient épuiser toute la complexité d’un pareil sujet, mais il nous semblait cependant pertinent de les noter au regard des populations faisant l’objet de comparaisons détaillées dans le mémoire.

 

Les décroissants, une population mal définie

On sait finalement peu de choses de ces personnes qui tournent le dos au monde de la consommation, d’où cette étude de l’identité sociale et des relations intergroupes entre écologistes et décroissants.

La théorie de l’identité sociale est articulée autour de trois concepts fondamentaux : la catégorisation sociale, l’identité sociale et la comparaison sociale (Tajfel et Turner, 1979). L’intérêt de comprendre les représentations sociales des décroissants, vues par eux-mêmes et vues par les écologistes, est de confronter leur identité sociale en tant que groupes distincts. Si l’on considère que les écologistes sont un groupe majoritaire souvent politisé, face aux décroissants, leur identité sociale n’étant pas menacée, ce groupe sera plus hétérogène, tandis qu’au sein du groupe minoritaire, les décroissants, on peut s’attendre à des attitudes plus homogènes.

Les individus appartenant à plusieurs groupes à la fois, un groupe ne sera jamais considéré comme minoritaire ou majoritaire de façon absolue, mais toujours en fonction d’un cadre, d’une situation, d’un autre groupe de référence. Minorité et majorité sont donc définies de façon relative. Les décroissants sont peu ou pas connus en dehors des personnes concernées par les sujets environnementaux, d’où l’étude centrée sur un type de population particulière, à savoir les personnes engagées dans la cause environnementale. Le questionnement sur cette représentation sociale permettra de distinguer les points clés de différenciation entre écologistes et décroissants.

3#     Résultats du mémoire

Le mémoire s’est appuyé sur un total de 839 réponses à un questionnaire se répartissant entre 428 pour le questionnaire en Français et  411 pour celui en italien.

Mises à part les différences interculturelles évoquées plus loin, les représentations sociales des écologistes et des non partisans restent globalement assez proches : le seul élément qui est systématiquement présent dans une représentation, celle des écologistes, et pas dans l’autre, celles des non partisans, est lucide, en première périphérie dans les deux pays. En revanche, nombreux sont les éléments qui différencient les représentations sociales de ces deux groupes par rapport à la représentation sociale que les décroissants ont d’eux-mêmes.

Concernant les décroissants, on peut noter les particularités suivantes :

  • Conviviales est un élément présent exclusivement et de façon consensuelle chez  tous les décroissants français et italiens. Si l’on accepte de rapprocher cet élément à un item du questionnaire qui était : considère les liens de proximités comme importants, on découvre qu’il s’avère comme étant central et fait l’objet d’un très fort consensus, même s’il n’a pas un rôle important dans l’organisation de la représentation sociale chez les deux populations décroissantes. C’est l’élément qui est probablement central dans la représentation sociale que les décroissants ont d’eux-mêmes, notamment en France.

4#     Conclusion

Selon la théorie structurale des représentations sociales (Abric, 1976), une représentation sociale se forme selon des processus d’ancrage et d’objectivation.

Dans ce sens, des éléments de la représentation tels que écologistes et anti-consuméristes permettent de rapporter l’image du décroissant à celle, plus connue, d’une personne soucieuse de l’environnement ou en opposition avec un certain modèle socioéconomique. D’autres éléments, tels que réduction, économie, conviviales, peuvent avoir le rôle d’objectiver l’image des décroissants sur des pratiques et des usages de la vie quotidienne. J’espère que ce court résumé du mémoire vous aura permis de mieux appréhender ce groupe social que sont les décroissants, avec l’éclairage des écologistes, plus connu et plus politique.

2° partie : la décroissance, est-ce pour nous ou pour les autres ?

 

Nous venons de voir dans la première partie que les décroissants n’étaient ni une secte, ni un parti politique, mais un groupe social plutôt hétérogène. En quoi pourrions- nous les rejoindre ? Comme je l’ai précisé dans l’introduction avec les articles 1 et 17 de nos statuts, ce n’est pas ici le lieu pour faire du prosélytisme en faveur  ou contre les décroissants. Je développerai juste quelques possibilités d’avoir un comportement décroissant au travers d’exemples.

1- L’arme de poing vue comme un système d’armes

Dans cette communication faite ici le 8 avril 2009, j’avais traité d’un sujet parfois générateur de polémiques, en essayant cependant de les éviter, toujours pour tenter de respecter nos statuts

Aujourd’hui, comme beaucoup d’entre vous, je suis la retraite et ne dispose plus des mêmes ressources financières  que celles qui m’avaient permis d’acquérir et surtout d’alimenter en munitions mes armes  de gros calibre en 9 mm et en .357 magnum. Je me limiterai à un aspect polémique et bien français en rappelant que  l’état dispose –théoriquement – du monopole de la contrainte, notamment pour percevoir l’impôt et qu’il vaut donc mieux s’abstenir de résister les armes à la main à des perceptions même si elles sont parfois abusives et rétroactives, comme cela vient d’être le cas pour l’épargne en assurance-vie. Je suis donc passé aux petits calibres, le 22 LR et le 4,5 mm, dont les munitions sont bien moins coûteuses. De plus, leur fabrication consomme beaucoup moins de métaux lourds dont le cuivre et le plomb. Même si le stand de tir de l’ASAM s’efforce de récupérer le plus possible de ces métaux lourds dans les buttes de tir, il en reste toujours un peu qui se disperse dans l’environnement. Le tir des cartouches de 22 LR produit beaucoup moins de gaz toxiques que le tir des cartouches de gros calibre. Quant aux diabolos en plomb de 4,5 mm, leur tir dans une arme à air comprimé ne produit évidemment aucun gaz toxique, pas même dans le cas de mon WALTHER LP 53 dont l’air est comprimé par la seule force musculaire du tireur.

Sur cet exemple personnel, basiquement économique et environnemental, j’ai cherché a vous communiquer ce que pourrait être un comportement décroissant. La décroissance du calibre n’aura pas échappé à ceux qui, sans être des experts en balistique et en chimie, perçoivent intuitivement qu’une munition de calibre 4,5 mm propulsée par de l’air comprimé sera moins coûteuse et moins dommageable pour l’environnement qu’une munition de 9 mm propulsée par de la poudre sans fumée. Ce dernier terme, qui n’a rien de technique, date du temps des développements pyrotechniques de la fin du XIX° siècle où la poudre sans fumée remplaçait la poudre noire qui en produisait beaucoup.

2- Les énergies marines renouvelables (EMR)

J’aborde ici les comportements de CCC, en siglomaniaque les citoyens consommateurs contribuables, en prenant pour départ ce sujet particulièrement d’actualité à Cherbourg et dans notre région. Le nucléaire a été à l’origine de bien des débats et des controverses sur lesquels il n’est pas utile de revenir. Les  EMR vont en susciter bien d’autres, à commencer par le coût des installations de production en mer dont le financement va peser sur notre facture de consommation d’énergie électrique. Par nécessité économique cela va nous inciter à réduire notre consommation, contraints et forcés, adeptes décroissants ou pas. Cet aspect de la transition énergétique doit être examiné ici d’une façon plus individuelle et plus globale : comment limiter notre consommation d’énergie et notre consommation en général en adoptant un comportement décroissant, isoler son logement, utiliser des appareils électroménagers peu gourmands en fluides et énergie, éteindre les appareils électriques et électroniques au lieu de les laisser en veille, etc…

3-Les dinosaures de la consommation

Dans ma communication du 7 novembre 2012, j’avais montré comment les dinosaures de l’armement et de l’industrie avaient disparu. Devenus trop gros donc trop coûteux, ils ont été remplacés par des engins plus adaptés, moins importants mais pas systématiquement moins coûteux, la complexité se substituant à l’énormité. C’est aussi la tendance suivie par certains biens de consommation, à commencer par ce symbole de la consommation qu’est l’automobile. Constitués d’un robuste châssis motorisé sur lequel des artisans venaient assembler une carrosserie meublée de bois précieux, de cuivres rutilants  et de cuirs astiqués, les véhicules des débuts du XXe siècle étaient de véritables œuvres d’art réservées à une élite fortunée. L’industrialisation et la construction en série ont permis de développer cet outil de transport et de liberté en le rendant accessible au plus grand nombre. De nos jours, plutôt qu’un gros 4X4 coréen ou japonais, un décroissant utilisera une petite berline française ou allemande.

4- Locavores et locatouristes

Le terme de locavores désigne ceux qui privilégient les produits alimentaires de saison et de proximité. Je vous propose ici le terme de locatouristes. Cela pourrait être une catégorie de touristes qui préféreraient notre pays, son patrimoine et ses chambres d’hôtes aux hôtels de chaînes et aux pays lointains. C’est une catégorie de décroissants à encourager  car l’augmentation du nombre de ces derniers favorisera ceux qui entretiennent notre patrimoine et le font découvrir souvent avec passion à leurs hôtes de passage. Cela réduira le nombre de ceux qui voyagent dans de lointains pays avec force dégagement de CO2 dans des sites touristiques étrangers où les descendants des esclaves fourniront un service plus tarifé que convivial. Nos séances foraines ont toujours été des bons exemples de locatourisme, avec en 2013 la découverte du presbytère d’Etienville de nos amis Anne et Philippe Gilliéron, à recommander à tous, décroissants ou pas.

Je vous remercie de votre attention.

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