Publié par : marcletourps | 11 juin 2010

L’ouvrage Cachin Histoires et anecdotes

Par Richard Nguyen Huu, 2 mars 2005

Dans une communication en décembre 2003 sur les aspects techniques et festifs de la mise à l’eau des grands navires, le concours entre ARCHIMÈDE et SYNCROLIFT m’avait permis d’évoquer l’ouvrage CACHIN. Aujourd’hui, nous aborderons des aspects historiques et anecdotiques liés à cet ouvrage cherbourgeois, dont la 1° utilisation fut la mise au sec et l’enlèvement de la tranche C du REDOUTABLE avant sa remise à l’eau pour laisser place au TRIOMPHANT en 1993.

 Introduction

L’ouvrage CACHIN est déjà exceptionnel par le fait que sa formule archimédienne à plate forme flottante et immergeable n’a été réalisée qu’à GROTON et CHERBOURG pour la construction des dernières générations de SNLE. La formule SYNCROLIFT, utilisant une plate forme suspendue à un ensemble de treuils synchronisés, a été réalisée à plus de 200 exemplaires, notamment pour les SNLE britanniques à FASLANE, l’Ile Longue de la Royal Navy et je ne ferais pas ici plus avant le panégyrique de la formule anglo-saxonne ou plus précisément américano-britannique. Cet ouvrage, parfois appelé aussi D.M.E. comme Dispositif de Mise à l’Eau, clôturait la refonte du secteur construction (RSC) de la DCAN de Cherbourg sous le nom d’opération CAIMAN III. Les opérations CAIMAN I et CAIMAN II, avaient porté respectivement sur la construction de l’atelier coque et du chantier LAUBEUF, l’acronyme CAIMAN signifiant Construction d’Ateliers et d’Infrastructures pour la composante marine de l’Arme Nucléaire. A ce jour, l’ouvrage CACHIN a déjà bien servi Cherbourg et sa construction navale militaire.

Citons les mises à l’eau du TRIOMPHANT (7/93), du TEMERAIRE (8/97), de l’AGOSTA 90 B KHALID (8/98) et du VIGILANT (4/2003), ainsi que la mise au sec du REDOUTABLE (3/93) pour enlèvement de sa tranche C avant sa remise à l’eau pour une dernière croisière le 4 juillet 2000 vers la Cité de la Mer. Le dernier utilisateur de l’ouvrage CACHIN est le SNLE M4 TONNANT qui y est entré le 2/12/04 pour être démantelé, ou plus exactement « déconstruit » comme on dit aujourd’hui. On voit ici son utilisation en 2002 comme bateau d’entraînement pour permettre à la DP ( Direction du port) et au service bassins de répéter la manœuvre avant le passage du VIGILANT ( pl DCN 2002).

2 Le site CHERBOURGEOIS de l’ouvrage CACHIN

Ce site reste encore au cœur de ce qui est aujourd’hui la zone DCN en pleine propriété au sud de l’Arsenal. Etant construit sur l’emplacement de l’une des 1° formes ( pl IX) qui portait déjà le nom de cet illustre ingénieur, après forces échanges entre la DCAN Maître d’ouvrage, la DTM Maître d’œuvre et la Marine Nationale dans les années 1987-89, le nom de CACHIN fut retenu pour le futur dispositif de mise à l’eau, en même temps que le nom de LAUBEUF pour le chantier de construction, l’Esplanade de l’Impératrice désignant l’ensemble du terre-plein situé entre ces deux grands ouvrages. Anecdotiquement, au cours de ces échanges nous découvrons que la rue Marie-Louise s’avérant être une impasse pour l’accès à des bennes à copeaux ne fut pas baptisée.

Revenons à la forme et au grand homme qui lui a donné son nom. J’espère que les membres de cette honorable assemblée ne m’en voudront pas de rappeler brièvement la biographie de cette personnalité exceptionnelle dont le nom est connu de la plupart des Cherbourgeois. Ce qui suit provient d’extraits du dictionnaire de biographie française publié en 1956 sous la direction de Prévost et Roman d’Amat par la librairie Le Touzey et Ané.

(Pl Portrait SHM) Joseph Marie-François Cachin, ingénieur, est né à Castres le 2 octobre 1757 et mort à paris le 23 février 1825. Fils du portier du palais épiscopal de Castres, il fut envoyé par Mgr de Barral au collège militaire de Sorèze. Admis en 1776 à l’Ecole des ponts et chaussées, il put à sa sortie, grâce à Mlle de Barral, aller étudier le génie maritime en Angleterre et en Amérique. Nommé ingénieur dans la généralité de Rouen, en 1780, et spécialement affecté aux travaux maritimes, il étudia l’établissement d’un canal latéral à la Seine entre Quillebeuf et Honfleur, ainsi que la navigation de l’Orne, sur laquelle il devait publier un Mémoire sur la navigation de l’Orne inférieure en vue de l’établissement d’un port de commerce à Caen et d’un port militaire à Colleville (anVII).

 Il avait épousé, en dépit d’une différence d’âge de vingt ans, Judith de La Rivière, veuve en troisième noce du prince de Montbéliard ; cette union ne fut pas heureuse et, après une séparation faite d’un commun accord, Cachin retourna à ses travaux. Il avait en 1792, fait partie d’une commission pour l’étude du port de Cherbourg ; la Révolution arrêta les travaux qui ne reprirent que sous Napoléon I° et, en 1805, le creusement du port fut décidé sur les plans de Cachin, devenu inspecteur général des Ponts et chaussées, directeur des travaux maritimes des ports et membre du conseil général des Ponts et chaussées. Il reçut le titre de baron en 1813 lors de l’inauguration du port. Son Mémoire sur la digue de Cherbourg (en 1820) a donné lieu à des publications de critique ou d’opposition ; on a publié, en 1850, la Description générale des travaux exécutés à Cherbourg sous sa direction. Il est également l’auteur de : Essai sur l’organisation des Ponts et chaussées, et de : Canal projeté de Dieppe à la rivière d’Oise, en 1822.

La forme qui a porté le nom de CACHIN avant notre ouvrage, date de 1813 comme le précisent MM Ecolivet et Lebarbenchon dans leur incontournable historique de la construction de l’arsenal. Les pompes à bras d’origine furent remplacées en 1832-1834 par une installation à vapeur utilisant d’abord des locomobiles pour actionner des pompes alternatives auxquelles furent substituées des pompes centrifuges en 1893. La vapeur laissa place en 1909-1910 à l’électricité lorsque 2 moteurs Thomson de 65 CV remplacèrent les locomobiles.

( pl XI) Le bateau porte d’origine nécessitait un travail de forçat pour sa manœuvre qui se faisait en déplaçant à bras d’homme un lest solide constitué de pierres. Dès 1820, le lest solide laissait place à un lest liquide, principe de manœuvre conservé de nos jours. La vétusté du 1° bateau porte conduisit à son remplacement en 1852 après avoir fait l’objet d’un âpre débat entre les tenants de la construction en bois et ceux de la construction en fer. Comme l’écrivait l’ingénieur Allix dans son rapport du 20 juillet 1850 sur la construction de ce bateau porte, le fer assure, entre autres avantages, une économie du poids de coque et une préservation immédiate et complète contre les vers. Mais son prix de revient plus élevé ainsi qu’un entretien dispendieux et laborieux firent préférer le bois, l’ingénieur Allix certifiant qu’une durée de vie de 50 ans pouvait être attendue de la construction en bois alors que 25 ans n’étaient pas garantis avec le fer. Que ce bateau porte en bois ait été utilisé jusqu’en 1932 ne condamne pas pour autant la construction en fer puisque le bateau porte de la forme 6 (pl. DCN Sud)  fut retiré de celle-ci en 1992 après plus de 130 ans de bons et loyaux services, grâce aussi à l’entretien sans faille du service des bassins. A mon avis, son retrait venait moins de sa vétusté qui n’en permettait plus une manœuvre sûre, que des échanges épistolaires entre les échelons centraux de la Marine et de la DCAN et le Directeur de Cherbourg. Lassé de n’avoir aucune réponse précise sur le devenir de cette forme, ce dernier mis à exécution en février 1992 sa menace de retirer le bateau porte et de laisser la forme 6 en eau. La lente dégradation de l’interforme 5/6, terre-plein situé entre cette forme et la forme 5, toujours en service et maintenant incluse dans le patrimoine de la nouvelle DCN, a conduit celle-ci à décider son remblaiement. Les offres des deux groupements de TP mis en concurrence pour la réalisation de cette opération doivent être soumises à un jury dans les prochains mois. En effet, la forme 5 est la seule restant opérationnelle dont la DCN ait la pleine propriété, l’ouvrage CACHIN appartenant à la DGA étant prioritairement dédié aux programmes nationaux, SNLE NG N°4 LE TERRIBLE, puis les SNA BARRACUDA.

Reprenons l’histoire de cette forme Cachin, occupée en 1940 comme le reste de l’arsenal. Pour protéger les vedettes rapides des bombardements de l’aviation alliée, les Allemands construisirent une voûte en béton de plus de 3m d’épaisseur complétée par un fronton couvrant l’entrée. Ce legs encombrant dut être démoli à l’explosif, notre confrère Jean PIVAIN pourrait vous en donner bien d’autres précisions. La phase finale de cette démolition s’est fait au milieu des années 1980 alors que la construction des SNA dans les cales 3 & 4 voisines se poursuivait et que de nombreuses machines outils étaient en fonctionnement dans cette zone. La société de TP chargée de cette démolition avait utilisé une technique de mise à feu séquentielle par micro retards actionnant chacun un faible charge unitaire ( quelques kilos)  limitant les vibrations transmises lors de chaque explosion individuelle, l’ensemble de toutes ces charges permettant à la volée des tirs de chaque nuit de venir à bout de l’héritage allemand. Malheureusement, l’opération ne s’est pas terminée à la clôture de ce chantier en 1986 mais par un contentieux en 1990 lorsque des explosifs amorcés furent retrouvés au cours de la construction du D.M.E. dans les débris du fronton tombé dans l’avant-port. La DCN fut alors indemnisée par l’entreprise chargée de la démolition, l’âpreté de la défense des deniers publics n’étant pas la moindre qualité de François THIRET, l’ingénieur chargé de la RSC, auquel j’attribue aussi la paternité d’avoir lancé avec Georges DEBIESSE, Directeur des Travaux Maritimes de Cherbourg, l’opération détaillée dans le § suivant.

Entre temps, la démolition ayant fait à peu près place nette, la construction de l’ouvrage put se dérouler d’octobre 1988 à février 1992, mais raconter ce chantier hors du commun sortirait nettement du cadre de cette communication, aussi me limiterai-je ici à une courte anecdote.

L’âpreté de la collecte gratuite des produits de la mer à l’abri du regard des autorités est une caractéristique, je n’ose employer ici le terme de qualité, des personnels habitant et travaillant sur nos côtes. C’est ainsi que nous avons eu la surprise de voir au fond de la forme des lueurs fantômes apparaître dans une profonde nuit de novembre 1991 alors que la grande plate-forme métallique venait d’être introduite dans l’ouvrage et celui ci vidé pour la 1° fois. C’était les ouvriers des entreprises travaillant sur ce chantier CAIMAN III qui faisaient une pêche miraculeuse à sec sur le radier de la forme au mépris de toutes les règles de sécurité.

C’est un autre genre de pêche miraculeuse que je vais vous relater maintenant.

 3 Les médailles de Marie Louise et l’ouvrage CACHIN

Cet épisode particulier de la construction de l’ouvrage répond plus particulièrement aux études historiques et archéologiques, objet de l’article 1° des statuts de notre Société. (pl ISABEY bibliothèque municipale de Cherbourg, si la qualité de la planche laisse à désirer, ceux qui souhaiteraient admirer l’original savent où s’adresser )

Le cahier des charges de la conception et de la construction de l’ouvrage comportait un § 3.5 exigences historiques qui stipulait ceci.

Lors des travaux de réalisation du D.M.E., il sera procédé par le titulaire du marché à la récupération de 2 boîtes commémoratives situées dans l’avant-port, suivant l’axe de la forme CACHIN à 20 et 25 m du bord du quai.

Le marché 87-13-116 notifié le 8 août 1988 ( 8/8/88 ) au groupement G.T.M./SPIE-BATIGNOLLES, comportait, au n° 3112 du bordereau des prix unitaires, une unité d’un montant de 53 000,00 F aux conditions économiques de décembre 1987, destiné à rémunérer ce qui suit.

Ce prix rémunère la récupération de boîtes contenant les médailles commémoratives, l’enlèvement de celles-ci s’effectuera au moment du dévasage de la zone pour les travaux de préparation à la mise en place des caissons. 

La localisation des boites avait fait l’objet d’un plan succinct de localisation aussi, comme prévu au cours des travaux, elles furent relevées le 21 novembre 1989, (pl copie PV) le P.V d’exhumation du 24 novembre 1989 signé du Préfet Maritime, le VA FOURQUET, les confiant dans un 1° temps au centre de documentation et de recherches de la marine à Cherbourg pour expertise et mise en œuvre des mesures de conservation. La presse s’était fait aussitôt l’écho de ce sauvetage en titrant : « les médailles de S.M. Marie-Louise, impératrice, ont été récupérées 176 ans après leur immersion ». Quelques « disputes gauloises » avaient été esquissées comme l’amorçait, au sens pyrotechnique du terme, la rédaction figurant au § 3 de ce P.V.  « Je me réserve, pour l’avenir, la décision du sort de ces objets. »

Heureusement, la sagesse l’emporta au sein de la motivation des tous les acteurs du programme COELACANTHE et de la construction du TRIOMPHANT. Au début de 1993, la DTM, maître d’œuvre proposait sous la plume de Georges DEBIESSE la préparation des actions suivantes :

Replacer tout ou partie des médailles au voisinage de leur site initial dans l’un des bajoyers de l’ouvrage, celui situé à l’ouest comportant une niche à cet effet.

Ajouter à ces objets historiques des objets contemporains placés au même endroit, ces objets contemporains pouvant être des copies commémoratives.

Effectuer une cérémonie, de préférence découplée et précédant les opérations de mise à l’eau du TRIOMPHANT. La mise au sec du REDOUTABLE avait été évoquée mais ne fut pas retenue pour raisons techniques et calendaires.

4 La cérémonie du 26 mai 1993

La bonne volonté des uns et des autres désamorça finalement les « disputes gauloises » sous la forme d’un courrier du Directeur des Travaux Maritimes de Toulon qui n’était autre que G. DEBIESSE vers le Directeur Central des Travaux Immobiliers et Maritimes avec copies au Préfet Maritime et au Directeur des Constructions Navales de Cherbourg.

La cérémonie se voulait modeste, servant en quelque sorte de « lever de rideau » aux opérations de sortie du TRIOMPHANT et de mise en service opérationnelle de l’ouvrage CACHIN. Elle n’en fut pas moins organisée avec la rigueur et la minutie qui étaient alors inscrites dans les neurones des acteurs de l’époque. Je n’ai eu qu’à reprendre le dossier de presse du 26 mai 1993 pour avoir tous les détails de cette cérémonie dont je vous livre ici les grandes lignes. La liste des principales personnalités présentes étant de nature à froisser des lecteurs et auditeurs qui ne seraient pas cités ici, j’ai lâchement recopié l’article paru alors dans Cols Bleus en les citant par ordre d’apparition dans l’image et dans le texte :

  • Vice Amiral CANNONE Préfet maritime ;
  • ICTM PAIRON, Directeur des Travaux Maritimes de Cherbourg

que la photo de Cols Bleus montre plaçant les deux coffrets dans la niche du bajoyer ouest avant scellement.

  • IGTM DEBIESSE, Directeur des Travaux Maritimes de Toulon ;
  • ICA ACCARY Directeur Adjoint de DCN Cherbourg ;
  • M. A. MARIS directeur régional des affaires culturelles ;
  • M. LE MARESQUIER archiviste paléographe par intérim des archives de la bibliothèque du port. 

Les deux coffrets exhumés contenaient l’un des monnaies et médailles du temps, (pl. médailles, mauvaise),  l’autre une plaque commémorative en platine qui portait le texte suivant.

NAPOLÉON LE GRAND

A décrété

Le 15 mars 1803

qu’un port serait creusé pour les plus grands vaisseaux de guerre dans le Roc de Cherbourg à 50 pieds de profondeur au dessous des hautes marées

—000—

Ce monument a été terminé et son enceinte ouverte à l’Océan le 26 août 1813 en présence  DE SA MAJESTÉ MARIE LOUISE D’Autriche Impératrice et Reine Régente NAPOLÉON son auguste Epoux étant en Allemagne à la tête de ses Armées

—-000—-

Le Vice-Amiral DUC DE CRÈS, Ministre de la Marine,

Le Chevalier CACHIN, Directeur en chef des Travaux,

Le Chevalier MOLINI, Préfet maritime.

Ces coffrets ont été remis en place avec un contenu qui n’était plus tout à fait celui d’origine, se composant d’une reproduction de la plaque et de ses inscriptions d’origine au verso et d’un texte sur lequel figurait la date du 26 mai 1993 et les noms du VA CANONNE, de l’ICA ACCARY et de l’ICTM PAIRON, et d’une tape de bouche du TRIOMPHANT, objet contemporain mais restant bien dans les traditions de notre Marine. Les médailles et monnaies remises dans l’un des coffrets sont par contre celles d’origine. Elles avaient été expertisées par le laboratoire de numismatique du Centre de recherches archéologique de Caen.  L’ensemble de ces 8 monnaies et 102 médailles n’ont rien révélé qui ne fut déjà connu. Les monnaies avaient toutes été frappées en 1813, à l’exception des 2 plus petites espèces : le quart de franc et les 10 centimes frappés en 1809. Les médailles étaient représentatives des événements politiques, militaires et culturels survenus entre 1796 et 1812, frappées ou coulées durant la Révolution et l’Empire. Elles sont représentatives des traditions antiques appliquées alors avec froideur et manque d’imagination par l’École française.

Cela n’a pas empêché que l’une des idées émises à l’époque de la préparation de cette cérémonie soit effectivement mise en œuvre. Je la cite dans toute sa brièveté et sa précision :

– Des copies en résine ou en bronze de ces divers objets pourraient être réalisées à titre commémoratif. Des devis avaient été établis.-

Les devis de copies en bronze étaient évidemment plus élevés que ceux de copies en résine qui furent retenues. Par contre, la légèreté de ces dernières avait conduit quelques mauvais esprits et fins observateurs à leur donner aussitôt le sobriquet de médailles en chocolat. C’était compter sans l’astuce et l’imagination des organisateurs qui acceptèrent les quelques misérables francs de dépassement du devis pour qu’un lourd support en métal recouvert de feutrine fasse taire les critiques les plus malveillantes. Je vous fais circuler mon exemplaire historique pour que vous soyez les témoins que la froideur et le manque d’imagination n’étaient plus de mise. (faire circuler, couper rétro )

Ces qualificatifs peu réjouissants ne s’appliquent assurément pas au discours qui fut alors prononcé ce 26 mai par Georges DEBIESSE aussi vais-je me permettre de le reprendre ici dans sa quasi-intégralité.

 Amiral, Mesdames, Messieurs,

Je voudrais évoquer La Fontaine, le fabuliste, l’auteur notamment du « Laboureur et ses enfants »../..et vous raconter moi aussi une fable.

En 1988 lorsque nous avons commencé à creuser la grande baignoire où nous sommes aujourd’hui, nous étions un peu effrayés par l’ampleur de la tâche ; il fallait extraire des dizaines de milliers de mètres cubes de roc compact.

Et vite. Nos amis de la D.C.N. nous pressaient, nous disaient que le TRIOMPHANT n’attendait plus que nous.

Nous avons pensé qu’il convenait de stimuler l’ardeur des terrassiers. Alors nous leur avons dit qu’il y avait un trésor.

Et c’était vrai ; nous ne mentions pas ; il y avait vraiment un trésor.

Nous en avions trouvé la trace dans de vieux grimoires, qui nous parlaient d’un coffret de marbre, d’une plaque de platine, et d’un autre coffret de bois précieux, serti de plomb, avec des monnaies et des médailles ; mais il y avait aussi cette terrible mise en garde :

« Fasse le ciel que jamais la postérité ne retrouve ces inscriptions placées sous l’eau à une si grande profondeur. Ce ne serait sans doute que par suite d’une grande catastrophe ».

Nous avons bravé cette malédiction.

Mais nous avons respecté la volonté de nos ancêtres : avant même la décision d’émersion provisoire de ces médailles (pour les mettre en fait à l’abri du chantier) ait été mise en œuvre, nous avions, en parfaite harmonie entre services de la Défense, mais aussi avec les services des Affaires Culturelles, pris l’excellente résolution de les remettre en place, après la fin des travaux, pour conjurer sans doute la catastrophe annoncée.

Et nous avons retrouvé le trésor, un beau matin de 1989. Il était bien là où nous l’indiquaient les vieux grimoires.

Il était en parfait état. Nous n’avons pas eu besoin d’avoir recours aux spécialistes de l’E.D.F. de la restauration des objets immergés.

Nous en avons pris grand soin ; nous avons bravement résisté à la tentation de nous le partager. Mais nous avons compté et recompté les médailles, signé des procès-verbaux…

Et nous avons confié le tout aux fins d’expertise, à Madame PILET-LEMIERE, du centre de recherches en archéologie de l’Université de CAEN.

Disons ici que ce trésor, mais nous nous en doutions un peu, était finalement un peu banal : toutes ces médailles étaient déjà connues, répertoriées…

Mais au passage nous avions découvert l’autre trésor, celui de la fable de LA FONTAINE. Nous avions renoué avec la grande et belle tradition cherbourgeoise des grands travaux « à l’égyptienne ».

« J’avais résolu de renouveler à CHERBOURG les merveilles de l’EGYPTE » a dit NAPOLEON 1°, qui se vantait un peu puisque c’est en fait Louis XVI, avec la grande digue d’Alexandre de CESSART et de La BRETONNIÈRE qui avait commencé, il y a plus de deux cents ans.

Après la grande digue, il y eut le creusement de l’Arsenal de CHERBOURG, le grand rêve réalisé de Joseph François Marie CACHIN.

Et au vingtième siècle le fabuleux et perpétuel chantier de La HAGUE.

On retrouve à chaque fois cette dimension un peu prométhéenne, ce pari un peu fou ; ce coté aussi un peu « apprenti sorcier », celui-là même de l’image médiévale du pacte avec le diable que l’on retrouve à propos de beaucoup de ponts ( y compris celui de la rivière KWAÏ ).

Mais en fait il n’y a pas de magie : comme l’écrivait en 1377 Ibn KHALDUN dans son « Muqaddima » (Discours sur l’histoire universelle) :

« C’est par l’application de principes géométriques que furent bâtis les monuments qui sont encore visibles. On croit, à tort, que les constructeurs étaient des géants, à la taille de leurs édifices. Ce n’est pas vrai ; ces peuples anciens ont seulement eu recours à la mécanique ».

Plus modestement, pour l’ouvrage Cachin où nous sommes, nous qui n’étions pas non plus des géants, nous avons aussi eu recours à la mécanique.

 Et cette mécanique a un nom, le nom glorieux d’ ARCHIMÈDE, cher au cœur de tous les marins, et très présent ici.

D’abord parce que nous sommes dans une sorte de baignoire.

Ensuite parce que le fonctionnement même de l’ouvrage Cachin repose sur le principe d’ARCHIMÈDE.

C’est encore ARCHIMÈDE qui a permis d’amener ici, en flottaison, les trois grands caissons qui protègent l’ouvrage coté mer.

Et c’est une exception à Archimède qui renforce la stabilité du bateau-porte que nous voyons ici, et qui en fait n’est pas « plongé dans un liquide » puisque sa sous-face est drainée et mise à la pression atmosphérique, grâce à une galerie souterraine creusée sous nos pieds. C’est d’ailleurs le même phénomène qui nous a valu quelques difficultés, et quelques sueurs froides, lors de l’émersion des médailles : la dalle de granit qui les surmontait, tellement bien scellée par nos ancêtres que l’eau n’avait pu s’infiltrer au-dessous, faisait ventouse et refusait de se soulever.

Archimède est le parrain de cet ouvrage.

Et Marie-Louise est sa marraine.

Je l’invoque ici. Il y a presque cent quatre-vingt ans, à vingt mètres d’ici, l’impératrice Marie-Louise, après avoir fait procédé au scellement des médailles, avait tenu à être la dernière à fouler le fond de l’avant-port avant que la démolition du barrage qui fermait la passe ne livre passage à la mer.

Marie-Louise, par le truchement de ses médailles qui vont maintenant être scellées dans la paroi, va sûrement contribuer efficacement eu soutènement de l’ouvrage et au succès de la mise à l’eau du Triomphant.

Toute l’équipe qui a construit cet ouvrage en sera plus tranquille.

C’est pourquoi, en son nom, je vous remercie, Amiral, et je remercie la D.C.N. d’avoir permis qu’aujourd’hui ces médailles retrouvent une place dans notre ouvrage.

Depuis, nous avons vu en introduction que la mise à l’eau réussie du TRIOMPHANT a été suivie de bien d’autres et que Marie-Louise continue donc de veiller silencieusement mais efficacement par le truchement de ses médailles.

Merci pour votre attention.

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