Publié par : marcletourps | 10 mai 2010

LeTerrible SNLE NG n°4 et la dissuasion

Par Richard Nguyen Huu, 6 février 2008

LE TERRIBLE- SNLE NG N° 4- et la dissuasion

La présente communication sur la dissuasion à l’attention de notre honorable assemblée a été préparée en rapprochant différentes références bibliographiques, celles sur LE TERRIBLE et la FOST concernant l’avenir de CHERBOURG et celles sur la CHINE concernant l’avenir de la FRANCE voire du monde. La conclusion sera plus particulièrement soumise à l’avis de nos confrères médecins.

Appelé executive summary par les anglo-saxons, le résumé est en forme de plaidoirie car nous avons la chance de vivre dans un état de droit.

–         Attendu que nous vivons dans un état de droit, ce qui n’est, hélas, pas le cas de la plupart des états de notre planète ;

–         Attendu que le maintien du droit est l’affaire de la puissance publique ;

–         Attendu que la faiblesse de la puissance publique la conduit à s’en prendre plus particulièrement à ceux qui maintiendraient leurs droits en se défendant par eux-mêmes ;

–         Attendu que ce qui précède s’applique aux affaires internationales, conduisant la FRANCE à se doter d’une force de dissuasion indépendante pour ne plus dépendre des « gendarmes du monde », notamment suite à la perte de l’INDOCHINE en 1954 et à la crise de SUEZ en 1956 ;

–         Attendu que le jour où les Chinois cesseront de rire, la crise de SUEZ  nous semblera avoir été une opération bénigne ;

–         Attendu que cette force de dissuasion indépendante a fait l’objet d’un large consensus à peine troublé par quelques opposants, alors que se poursuit ici la construction du 4° SNLE NG  LE TERRIBLE embarquant des missiles M51 ;

la présente communication vise à proposer, en conclusion, des variantes au programme M 51 permettant à la fois de sortir du nucléaire et de faire face à la menace chinoise ainsi qu’à bien d’autres.

Plan

Le plan  de cette communication sera le suivant:

  • Bref historique politique et technique de la FOST et de la dissuasion. De l’affaire de SUEZ à la chute du rideau de fer, avec la multiplication des risques qui a suivi.
  •  Le M 51 et LE TERRIBLE, descendant du M1 et du REDOUTABLE.
  • Les droits bafoués en matière de défense de l’honnête citoyen en FRANCE et de la démocratie dans le monde. Le parallèle entre la sanction française de l’autodéfense et la guerre en IRAK au prétexte qu’un méchant aurait détenu des armes.
  • Le risque Chinois, et quelques autres.
  • Comment éviter que le ciel nous tombe sur la tête
  • Propositions et conclusion, sous la seule responsabilité de l’intervenant

 

1-    Bref historique de la FOST et de la dissuasion stratégique[1]

De la bombe du MIRAGE IV aux derniers essais de 1996, la dissuasion stratégique répondait au concept français: tous azimuts, anti-cités et capacité de frappe en second, démontré par des tirs réels. Ceux-ci ont commencé en 1961 au SAHARA où ils se sont poursuivis jusqu’en 1966 avant de reprendre dans le Pacifique de 1966 à 1996. Les 6 derniers tirs ont été décidés par J. CHIRAC, précédés par 86 tirs sous F. MITTERRAND, 55 sous VALERY GISCARD D’ESTAING, 21 sous G. POMPIDOU et 30 sous De GAULLE.

Cette dissuasion, initialement du faible au fort, l’est aussi d’égal à égal. Elle est adaptée à la défense des intérêts vitaux. Il n’y donc pas de raison que la FRANCE se prive d’une arme qui reste la garantie ultime de ceux qui la possèdent.

Initiée avant l’arrivée au pouvoir du Général DE GAULLE, l’affaire de SUEZ, sur laquelle je reviendrai, a été l’un des facteurs politiques ayant conduit aux évolutions et aux développements de cette force de dissuasion dont voici les grandes étapes.

Tout a commencé le 6 août 1945 à HIROSHIMA par la concrétisation des effets de la bombe atomique. Il fallait faire passer les recherches  françaises sur l’énergie nucléaire du laboratoire au stade industriel. Je rappellerai quelques grandes étapes du développement initial de la force de dissuasion française ainsi que l’état des lieux de celle-ci. Cet état des lieux tiendra compte des exigences de confidentialité, s’agissant des matériels et armes en service.

–         1958 – Le Général DE GAULLE inaugure le 1° réacteur de MARCOULE, du plutonium pourra être produit en FRANCE.

–         13 février 1960 – Gerboise bleue, la 1° bombe atomique française explose à REGGANE.

–         1° octobre 1964 – le 1° Mirage IV et sa bombe AN 22 sont opérationnels

–         2 août 1971 – le système SSBS  composé de 9 missiles S 2 dotés d’une tête de 150 kt entre en service sur ou plutôt sous le plateau d’ALBION, la seconde unité des 9 autres missiles étant mise en service le 23 avril 1972, avec une présentation du missile S 2 sur véhicule de transport lors du défilé du 14 juillet de cette même année. La décision mettant fin à l’existence du plateau d’ALBION, en tant qu’unité opérationnelle, a été prise le 22 février 1996 à la suite de l’effondrement du régime soviétique.

Poursuivons avec l’entrée en service du REDOUTABLE et de ses successeurs, sans détailler toutes les étapes du développement propre à la FOST et aux MSBS.

–         1° décembre 1971, mise en service du REDOUTABLE avec 16 missiles M1.

–         1° octobre  1973, mise en service du TERRIBLE avec 16 missiles M1.

–         6 juin  1974, mise en service du FOUDROYANT avec 16 missiles M2.

–         23 décembre  1976, mise en service de l’INDOMPTABLE avec 16 missiles M20.

–         3 mai  1980, mise en service du TONNANT avec 16 missiles M20.

–         1° avril  1985, mise en service de l’INFLEXIBLE avec 16 missiles M 4 à 6 têtes.

Tous les SNLE sauf LE REDOUTABLE seront ensuite refondus pour embarquer les missiles M4

Rappelons brièvement les caractéristiques des têtes nucléaires (TN) équipant les premières générations de missiles stratégiques français.

–         TN 31 de 150 kt  sur les  SSBS S2,  TN 41 de 500 kt  sur les  MSBS M1 et /M2, TN 60 & 61 de 1 Mt, thermonucléaire,  sur les  SSBS S3 et MSBS M20, TN 70  sur les  MSBS M4 à 6 têtes de 150 kt  .

–         En mai 1986, la composante pilotée des Mirage IV reçoit l’A.S.M.P. le missile air sol moyenne portée  dont l’allonge de 250 km réduit la vulnérabilité de l’avion tireur et du pilote.

–         Depuis le 23 juin 2005, vingt Mirage 2000N  remplacent les Mirage IV avec

l’A.S.M.P. et devront recevoir en 2008 l’A.S.M.P.- TNA d’une portée double avec plus de 500 km, en attendant que les Rafale commencent à prendre la suite en 2009.

2-    Le M 51 et LE TERRIBLE

En 1983, la 6° loi de programmation avait prévu la construction d’un SNLE NG pour faire face aux évolutions de la menace et des technologies correspondantes, notamment dans le domaine de la détection acoustique. Ce fut l’aventure de la refonte du secteur construction de DCN CHERBOURG où naquirent le TRIOMPHANT, le TEMERAIRE et le VIGILANT qui y firent leurs premiers pas respectivement les 13 juillet 1993, 8 août 1997 et 14 avril 2003. Des événements murphyques[2] et syndicaux n’ont entraîné qu’un retard de deux jours sur cette dernière date, initialement fixée au 12 avril 2003, ce qui est exceptionnellement court pour un effet murphyque indésiré.

Les SNLE NG embarquent 16 missiles M 45 dérivés du M4 en étant munis de 6 têtes nucléaires TN 75 furtives de 150 kilotonnes.

Cette aventure méritera plus que ces quelques lignes de rappel lors de prochaines communications.

La genèse et le financement du programme M 51 avaient fait l’objet d’âpres négociations entre les finances et la défense avant que ne soit effectivement découpée en 2000 la première tôle du TERRIBLE, le Président de la République était même intervenu personnellement dans le débat. Les devis étant classifiés, je me limiterai ici à une anecdote personnelle. Á l’époque, la DCN, service industriel constructeur faisant encore partie de la DGA,  négociait ce contrat avec le MOP, maître d’œuvre principal lui aussi DGA. Je qualifiais alors ce contrat de « vrai faux » contrat entre les parties d’une même administration. La chemise du dossier de ce contrat d’un SNLE qui ne s’appelait pas encore LE TERRIBLE portait en gros caractères le nom de L’IMPAYABLE, ce qui me valut une admonestation amicale mais ferme du MOP de l’époque avec lequel je négociais des éléments du devis pour la DCN. Le changement de statut de DCN aura clarifié les choses sur ce point, et sur bien d’autres également.

Le M 51 dont le programme a été lancé en 1996 améliore les performances de son prédécesseur M 45 avec une portée de 9000 km. Le chiffre de 5,7 milliards d’euros est cité pour le coût de développement incluant l’adaptation de l’île longue et de l’annexe de GUENVÉNEZ[3]. Lors de la mise au point technique, calendaire et budgétaire du programme M 51 en 1997–1999, les nécessaires économies budgétaires ont été conduites de façon exemplaire et innovante dans le cadre d’une opération baptisée MINOS[4]. En près d’un an d’un travail intense du groupe MINOS[5], l’essentiel des économies, de l’ordre de 5,5 milliards de francs, ont été obtenues en faisant coïncider le lancement du 4° SNLE NG et l’installation à bord du M 51, ce qui économisait un lot supplémentaires de missiles M 45 et l’adaptation M 51 au futur TERRIBLE, directement conçu et réalisé en version M 51.

Le développement et la construction du SNLE LE TERRIBLE représentent 20% de l’activité de DCN et 65% de l’activité de DCN Cherbourg avec un impact local de 120 mégas euros par an faisant appel à environ 1200 fournisseurs.[6]

3-    Droits et défense

Une fois n’est pas coutume et allons du particulier, l’individu, au collectif, la nation ou mieux, la patrie si ce terme peut encore être cité hors de notre hymne national.

Les méfaits de l’individualisme contemporain sont assez souvent dénoncés pour qu’il ne soit pas indispensable d’en rajouter.  Pour remettre les responsabilités et les responsables à leurs places respectives, voici quelques lignes d’un auteur qui n’a rien d’un révolutionnaire anarchiste.[7]

« L’insécurité vient donc conjuguer ses effets à ceux de l’individualisme égoïste. Chacun se retrouve aussi seul comme victime que comme défenseur de soi, en dépit de la protection publique qui est censée continuer à s’exercer. Ce n’est pas la guerre de tous contre tous mais la peur de chacun. Il demeure certes l’idée que la sécurité est l’affaire de la puissance publique – mais sous une forme perverse. La puissance publique s’affirme en effet particulièrement vigilante à l’égard de ceux qui se défendraient eux-mêmes. Elle est parfois plus sévère à l’égard des victimes qui se rebiffent qu’à l’égard des agresseurs qui connaissent de mieux en mieux leurs droits. Faute de pouvoir assurer effectivement sa tâche protectrice, il ne lui reste plus qu’à faire prévaloir négativement son monopole de la violence légitime – contre ceux qui précisément en ont besoin. L’impuissance se fait terrible envers les faibles. Ce n’est pas sans lien avec les prétentions de la corporation judiciaire à défendre son pouvoir, son indépendance et finalement son immunité. »

Rapprochons les lignes précédentes de celles concernant la genèse de la dissuasion française. Le monopole américain est rompu le 20 août 1949 par la première explosion nucléaire soviétique, événement majeur à l’origine de la guerre froide. Tout au long de la décennie 1950, des mesures éparses sont prises dans le domaine de l’armement nucléaire, mais sans volonté politique suivie. Mentionnons les discussions non concrétisées entre Georges BIDAULT et Foster DULLES les 13-14 avril 1954 sur l’éventuelle utilisation d’armes tactiques américaines pour soulager DIEN BIEN PHU et la déclaration de Pierre MENDÈS FRANCE à GENÈVE lors des accords de 1954 sur la fin de la guerre en INDOCHINE : « ah, si j’avais eu la bombe,  je n’aurais pas eu toutes ces couleuvres à avaler ».  C’est sous son gouvernement que furent prises les premières décisions importantes qui conduiront la FRANCE à se doter d’armes atomiques. L’affaire de SUEZ et le rembarquement des troupes franco-anglaises à l’automne 1956 sous la pression américano-soviétique amèneront Guy MOLLET à tenir sensiblement les mêmes propos : « Ah ! Si j’avais eu la bombe, ce n’est pas la menace russe, ni la pression d’EDEN qui m’auraient arrêté » C’est en cette fin d’année 1956 que furent décidées les grandes orientations en matière d’armement nucléaire visant à faire accéder la FRANCE à une indépendance de sa défense inconcevable alors sans l’arme atomique.

4-     Les menaces chinoises

Pour bien saisir les menaces venant d’une civilisation différente, un minimum de connaissances sur celle-ci est nécessaire[8].

Nous avons peur de la CHINE car nous la connaissons mal. En fait ils sont plus proches de nous que nous le croyons. La majorité d’entre eux ont un coté « méridional », au sens méditerranéen du terme. On constate qu’ils sont souvent expansifs et bruyants, aimant faire bombance, ils sont aussi très sentimentaux. Mais  s’ils rient tout le temps, c’est en fait que depuis des temps immémoriaux, ils rient pour ne pas pleurer. Imaginons la société chinoise 4000 ans av. J.-C. Ils sont sédentarisés, devenus désormais trop nombreux pour se déplacer au gré de leurs terrains de chasse. La défense de leurs biens devint un impératif aussi important que celui de leur production, supposant un partage des tâches entre les militaires et les paysans, c’est-à-dire une organisation sociale structurée. L’individualisme est un concept que les Chinois ont toujours proscrit. Le tour de force des Chinois a donc été de vivre en paix malgré le poids oppressant de la multitude. Les stratégies individuelles de contournement de la rigidité du système centralisé et collectiviste ont donc porté sur la recherche, malgré tout, du bonheur. Pour les chinois, le rire est donc l’élément transactionnel fondamental car il permet à celui qui rit de se mettre en relation avec cet autre sans la moindre arrière-pensée agressive. Cette agressivité pourrait avoir pour origine le besoin fondamental qui est de se nourrir -c’est-à-dire à soigner son corps et à prolonger sa vie- dans un monde plein où les bouches sont sans cesse plus nombreuses. Se nourrir : telle est la question qui se posait aux chinois jusqu’au début des années 1960. Les Chinois ont développé des conduites sociales parfaitement adaptées à une situation de surpeuplement et de grande pénurie

Or, cette situation appartenant au passé est maintenant remplacée par la croissance économique que nous observons depuis quelques décennies. On peut se demander avec inquiétude ce qu’il adviendra de cette « alchimie homéopathique » lorsque la Chine aura définitivement basculé dans une société de consommation banalisée où les exigences matérielles des individus ne cessent d’augmenter. Revenons en 1989. Après le terrible signal émis par les étudiants sur la place TIANANMEN, il fallait absolument que les dirigeants chinois lâchent rapidement du lest et ouvrent les vannes pour permettre à ce peuple de cuisiner, de s’habiller en couleurs. Alors un beau jour, DENG XIAOPING a dit en souriant à son peuple : « enrichissez-vous ! »

Faisons un parallèle entre le consommateur chinois et le consommateur occidental. Nos ancêtres n’ont pas eu besoin de nous inculquer que le rire était nécessaire pour « entrer en matière avec autrui ». De nos jours, le souci de soi et le bien-être sont devenus un droit en même temps que des marchandises et comme si l’abondance nuisait au sens, face à des chinois qui savent encore d’où ils viennent et consomment à tout va, nous alignons nos mines de consommateurs fatigués qui ne savent plus très bien où ils vont.

L’affadissement de la notion de respect dû à l’autre, bien entamé en occident, est en train de progresser en CHINE car les rites ancestraux chinois sont solubles dans la société de consommation. A l’éducation humaniste et universaliste – en un mot, illimité, gratuite et désintéressée !–de Confucius se substitue désormais l’ « éducation efficace », payante et utilitariste.

A cela s’ajoutent les pollutions industrielles de toutes natures qui menacent gravement la population du pays, mais pas seulement, car aujourd’hui le monde est un tout. La pression démographique qui s’est toujours exercée sur les Chinois l’est désormais sur la race humaine entière. C’est dire si la CHINE vit dangereusement. Et par conséquent, le monde entier avec elle, qui laisse plus ou moins faire sans réagir. Alors que l’Occident aurait tout intérêt à adopter une attitude modeste, le « diplomatiquement correct »fait rage et risque de faire sortir la CHINE de ses gonds. Constatons pour l’instant que l’Europe n’a tiré aucun parti de l’intérêt objectif de la CHINE consistant à favoriser l’émergence d’une entité faisant contrepoids aux Etats-Unis et redoutons demain que ce grand pays pacifique soit contraint par « la nécessité de l’abondance » à glisser de l’impérialisme économique à l’impérialisme militaire.

5-    Comment éviter que le ciel nous tombe sur la tête

Le dernier livre blanc sur la défense de 1994 avait pris en compte la fin de la guerre froide après l’effondrement de l’ex-URSS et la chute du rideau de fer. Déjà la CHINE, puissance nucléaire, était perçue comme un risque avec sa montée en puissance économique et  militaire. Bien d’autres risques tels que la prolifération nucléaire, le terrorisme, la mondialisation ainsi que l’élévation du niveau d’équipement militaire de bien des pays aux régimes politiques peu démocratiques, ont conduit la FRANCE à diminuer son effort de défense dans une moindre mesure que la plupart des pays occidentaux, USA et Grande Bretagne exceptés. La dissuasion nucléaire a été maintenue avec des principes inchangés pour assurer la défense des intérêts vitaux du pays, notamment par le maintien de son niveau de crédibilité au travers de sa capacité d’évolution technologique. Lors d’une conférence du 20 octobre 2002 à l’Hôtel de Ville, j’avais repris certains travaux préparatoires menés en 1992-1993 au cours de la 29° session du CHÉAr, proposant de remplacer les gros missiles stratégiques par le 3MLP. Il s’agissait du Missile Multiporteurs-Multicharges à Longue Portée à réaliser en coopération européenne, les versions à tête nucléaire restant strictement nationales pour être embarqués sur nos SNLE NG et les Mirage 2000 N puis Rafale.  Cette conférence avait un titre en forme de question : quelle dissuasion pour quelle Europe ?[9]  Cette question n’a  toujours pas reçu de réponse mais le concept du 3MLP a été concrétisé depuis par les Américains qui ont transformé leurs trois premiers SNLE de la classe OHIO à 24 tubes lance missiles stratégiques en SSGN, sous-marins nucléaires lance missiles de croisière dont 154 exemplaires sont embarqués par fagots de 7 dans 22 tubes, les 2 tubes restants servant à larguer des plongeurs lors d’opérations spéciales[10].

Cependant, les récentes orientations de la défense françaises venant de se concrétiser par le programme des SNA BARRACUDA et du missile SCALP naval sont orientées en ce (bon) sens donnant plus de flexibilité au bras armé de l’action politique.

6-    Faire tomber les fils du ciel sur la tête des fils du ciel ou les faire mourir de rire

Dans tout système d’armes, l’objectif est d’infliger des dommages conduisant l’adversaire à se soumettre et ces dommages sont infligés par le projectile arrivant au contact de la cible.

Du chasseur qui sélectionne ses cartouches en fonction du gibier à l’aviateur qui emporte les bombes adaptées à l’objectif ou l’artilleur dont l’obus est choisi en fonction de la cible à détruire, l’optimisation d’un besoin militaire passe par l’adaptation du projectile à l’effet terminal recherché. Pour assurer cet effet, il est nécessaire que la tête du projectile soit amenée sur la cible, le compromis puissance/précision s’orientant vers la réduction de la puissance destructrice au profit de la précision de l’atteinte pour limiter les effets collatéraux. Les AS 30 laser détruisant les bunkers en IRAK en épargnant les hôpitaux voisins constituent un progrès certain par rapport aux tapis de bombes dont la NORMANDIE a tant souffert en 1944. Il arrivait alors que certains raids sur l’Allemagne conduisent à l’écrasement d’un poids de cellules d’avions équivalent au poids des bombes larguées tant la DCA était intense. D’où l’intérêt d’augmenter la portée des armes pour limiter les risques encourus par l’équipage de la plate-forme de tir, en y ajoutant la furtivité et le leurrage pour tromper les moyens de détection de l’adversaire. Notons que le sous-marin est encore à ce jour la meilleure plate-forme furtive qui soit pour tirer des missiles et que l’un des progrès du M 51 par rapport au M 45 a été l’augmentation de la portée.

Un autre progrès pourrait porter sur le remplacement des têtes nucléaires par des têtes aux effets collatéraux et résiduels plus limités.

L’une des voies que je propose serait de saisir le développement de la CHINE et sa dépendance de plus en plus grande des réseaux électriques et des systèmes informatiques, pour développer ce qui est qualifié de guerre électronique offensive.

Il n’existe pas aujourd’hui de systèmes de guerre électronique offensive vraiment opérationnels, tant en France qu’en Europe, permettant de pouvoir neutraliser les forces ennemies sans porter atteinte aux vies humaines. L’emploi et les effets des bombes de neutralisation des réseaux électriques par « court-circuit » BLU 114/B par les USA n’ont pas été détaillés, tant lors de l’écrasement de l’armée irakienne pendant la guerre du Golfe qu’au cours des opérations de l’OTAN en ex-Yougoslavie. De plus, si la tendance pacifiste se poursuit en privilégiant l’absence d’effets collatéraux, il est à craindre que les fibres de carbone et autres générateurs de courts-circuits fassent l’objet  d’un bannissement en raison de leurs effets sur la santé que mes confrères médecins pourront confirmer, l’amiante constituant un douloureux précédent, bien que son emploi ait relevé de la guerre économique et non de la guerre au sens belliqueux et historique du terme.

Pour essayer de faire mourir de rire nos chinois, en ayant vu plus haut qu’ils avaient déjà certaines prédispositions, je vais conclure en faisant appel à la rigolothérapie, recommandée en tant que médecine douce.[11] La première solution qui vient à l’esprit est l’usage du protoxyde d’azote N²O, analgésique bien connu, ayant également des effets hilarants dont l’usage récréatif pourrait être détourné ici, encore que la technologie de son emploi massif sur une large population reste à développer. De plus, ce gaz est classifié comme polluant par le protocole de KYOTO car il vient au quatrième rang des gaz à effet de serre.

Il ne me reste plus qu’à faire appel à un autre gaz développé en secret par les USA en 1994 pour 7,5 millions de $ et qui le destinait à une arme baptisée gay bomb[12]. Le produit dispersé visait à induire des comportements homosexuels en vue de perturber fortement le moral et la discipline des unités ennemies. Je laisse à mes confrères médecins le soin d’ouvrir un éventuel débat sur ces variantes de têtes militaires.

Quant à proposer ces évolutions du M 51 il me semble prématuré et imprudent de le faire en dehors de notre honorable société en souhaitant, comme le furent certains d’entre nous, vous avoir associé à l’histoire et à la construction de notre force de dissuasion. Cette aventure se poursuit aujourd’hui avec la sortie du TERRIBLE sur les marcheurs, et le souci constant de mettre au service des contribuables qui le financent, un outil d’assurance paix efficace et pérenne.

Merci de votre attention.

 Richard NGUYEN HUU


[1] La plupart des données proviennent de LA FORCE DE DISSUASION FRANCAISE Genèse et évolution, Jacques VILLAIN, DOCAVIA/éditions Larivière , mai 1987

[2] Murphyque vient de la loi de Murphy, ou loi de l’emmerdement maximum, nombreuses références bibliographies de l’auteur

[3] La FOST, Yves CARIOU, Marines éditions, décembre 2006

[4] Revue INFO – DGA n° 108 novembre 1998 diffusée aux personnels DGA et, à l’époque, aux personnels DCN

[5] Le groupe MINOS comportait la DGA, les états-majors et les industriels concernés dont évidemment la DCN

[6] Fiche DCN Cherbourg/INFO-COM 2006, diffusion autorisée au public

[7] Précis de recomposition politique, Yves Michaud, Climats, octobre 2006

[8] QUAND LES CHINOIS CESSERONT DE RIRE LE MONDE PLEURERA, essai de José FRÈCHES au titre fort explicite publié chez XO éditions en avril 2007

[9] Travaux du comité n°1 de la 29° session du Centre des Hautes Etudes de l’Armement : Quelle dissuasion pour quelle Europe ? Séance de la société des conférences de l’hôtel de ville de Cherbourg du 20 octobre 2002

[10] Voir notamment les articles de Mark Hewish dans Jane’s IDR de mars 2002 sur les forces sous-marines US et dans Jane’s IDR de juin 2003 sur les différentes têtes de missiles destinées aux SSGN US

[11] Article de Peggy FREY Le Figaro Madame N° 1003 du 15 novembre 2003 : Thérapeutes et médecins le clament haut et fort : « Le rire, c’est la santé ! ». Une minute de rire équivaut à quarante-cinq minutes de relaxation musculaire.

[12] Vu sur le blog de freakonomics le 21 juin 2007 par MELISSA LAFSKY

Notice de la DCN

Le Président et le Terrible

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