Publié par : marcletourps | 12 mars 2012

Les trois siècles de l’inscription maritime, 1665-1965

Les trois siècles de l’inscription maritime, 1665-1965

par André Zysberg, le 7 mars 2012

 Résumé

Louis XIV voulait que le royaume, vieux pays à l’identité terrienne, devienne une grande puissance maritime. Outre un programme ambitieux de construction navale, l’Etat expérimente un système de recrutement des équipages de la marine royale, qui devrait se substituer aux enrôlements forcés. Cette opération est impulsée par Colbert, contrôleur général des finances et aussi patron de la marine. A  partir des années 1665-1670, tous les marins du royaume sont recensés et divisés en classes ou contingents annuels, afin de servir alternativement sur les vaisseaux du roi; d’où l’appellation de « système des classes ».

Peu à peu amélioré et refondé par l’ordonnance de 1784, le système des classes devient l’inscription maritime à partir de la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795). Il y a continuité entre l’Ancien Régime et la Révolution. Le service dans la marine d’Etat repose toujours sur la population des gens de mer, qui a payé un tribut très lourd lors des guerres navales contre l’Angleterre. En contrepartie, l’Etat assure dès la fin du XVIIe siècle une pension aux marins âgés et invalides, des secours à leurs familles et d’autres avantages professionnels : sans doute le plus ancien régime de protection sociale en Europe, moyennant un prélèvement de 2 à 3% sur les gains de tous les navigants, qui alimente une caisse de retraite autonome.

Le système de l’Inscription maritime survit à la Première guerre mondiale. Les navires de guerre nécessitent toujours un personnel très nombreux, notamment sur les cuirassés : celui du Danton en 1906 est composé de 920 hommes ; celui Jean Bart II en 1955 comprend 1670  hommes. Ces effectifs sont comparables à ceux de l’ancienne marine, puisqu’un vaisseau de 74 canons embarquait environ 750 hommes d’équipage vers 1780. Au cours de l’Entre-deux guerres, la France met en œuvre une flotte de combat puissante et bien outillée sous l’impulsion de responsables prévoyants, comme Georges Leygues, ministre de la marine entre 1925 et 1933.

Cependant, le service militaire fournit une part croissante des équipages de la flotte. L’inscription maritime est supprimée par la loi du 9 juillet 1965. L’expression « Inscrit maritime » est remplacée par celle de « marin de la marine marchande ». Les professionnels de la mer  accomplissent désormais leur devoir militaire comme les autres jeunes Français, jusqu’à la fin du service national en 1997. Enfin, le décret du 26 mai 1967 relatif au personnel de la Marine supprime toute référence à l’Inscription maritime, qui devient les « affaires maritimes.»  Même si les liens sont encore loin d’être rompus entre les navigants et la marine nationale, l’Inscription maritime est morte au terme d’une longue existence qui a duré trois siècles, entre 1665 et 1965.

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